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Entretien avec Mohammed Benouarrek, expert en RH : «Le visuel prend le dessus sur le narratif classique»

Entretien avec Mohammed Benouarrek, expert en RH : «Le visuel prend le dessus sur le narratif classique»

L’auteur du livre Les triangles RH : la pratique des ressources humaines réexpliquée, Mohammed Benouarrek, s’est livré à Aujourd’hui Le Maroc pour expliquer sa vision. Partant du constat qu’entre la pratique et la théorie il y avait un fossé énorme, le consultant international en GRH et en conduite du changement s’est livré comme exercice d’aborder la gestion des ressources humaines d’une manière très originale se basant sur le visuel et arborant la géométrie comme repère.

ALM : Pouvez-vous nous expliquer brièvement l’essence même de cette approche ?
Mohammed Benouarrek : Après plus de deux décennies de pratique RH, je me suis livré à la théorisation de la pratique. En effet, en tant que praticien de la RH et en tant qu’enseignant de cette discipline, je déplorais le fossé énorme qui sépare les écrits de la réalité ainsi que le manque de modélisation de la réalité d’une manière plus juste. Les récits et livres existants approchaient la GRH de la même façon en suivant presque le même script et la même configuration. Il fallait avoir beaucoup de courage afin de passer par un désapprentissage et se défaire des acquis et surtout les schématisations classiques de la fonction RH. Mon approche unique du genre approche la fonction RH via des triangles illustrant les multiples composantes RH ainsi que leurs interrelations. Cette approche géométrique se base sur le visuel, les illustrations et les effets échos. Il s’agit d’une re-présentation de la théorie RH via des triangles illustrant la démarche pour comprendre les composantes et interactions RH. Un triangle parent répartit le scope de la RH en trois volets. Par la suite, j’explique les différentes déclinaisons possibles des sous-triangles existants. Le visuel prend le dessus sur le narratif classique. Le volet analytique prend également le dessus sur l’approche descriptive classique. Le lecteur se voit dans un monde multidimensionnel avec des triades qui orbitent dans le cadre d’une approche systémique.

Vous parlez de ramification des concepts et outils phares dans le cadre de la Gestion des ressources humaines… mais encore ?
En effet, plusieurs ramifications existent dans le monde de la RH. Le fait d’opter pour des illustrations géométriques m’a permis d’illustrer d’une manière plus lucide l’ensemble des déclinaisons qui existent et les bifurcations. Au lieu de décrire les rubriques existantes au sein d’un aspect de la GRH (ndlr : par exemple le recrutement), j’aborde ce volet d’une manière non aplatie. Les illustrations dans l’espace géométrique m’ont permis d’explorer les liens infinis qui existent dans l’absolu avec une gymnastique d’analyse plus souple que celle habituelle dans les écrits classiques. Une extrapolation des techniques de géométrie illustrative était cruciale afin d’analyser d’une manière plus fraîche et révolutionnaire le contenu et le contenant de la fonction RH. Une rupture épistémologique en termes d’approche avec le passé.

Cet ouvrage a été écrit en pleine pandémie. Est-ce une manière de dire que plus rien ne sera comme avant en matière de Gestion de ressources humaines ?
Absolument pas. J’ai tout simplement profité du fait que je pouvais marquer une pause avec le quotidien. Prendre de l’altitude au lieu de ne prendre que du recul. Il était vital pour moi de me lancer dans cette aventure car je ne pouvais pas prédire son out come. Dans certains cas, le mal dissimule le bien. La crise Covid-19 m’a obligé à me retrouver plus en mode de réflexion que d’action. C’est exactement ce qu’il me fallait afin de compiler les centaines d’idées et d’outils RH et les revisiter autrement. Croyez-moi, il est plus difficile d’innover quand on découvre que quand on challenge ce que l’on sait déjà. Il fallait réellement, du think-outside-the-box afin de sortir du canevas prescrit depuis des années.

Si oui, quelle est l’attitude que devra désormais adopter un directeur des ressources humaines ?
Certaines choses vont réellement changer après la pandémie de Covid 19. A commencer par l’illusion que le travail est lié à la présence du corps au lieu du travail. Le présentéisme sera remis en cause. Également, le fait de se pencher sur les indicateurs classiques de performance sera de plus en plus abandonné pour adopter des indicateurs de résultats. Les repères classiques seront naturellement challengés. Le reste des changements ne sont que des déclinaisons. L’essentiel est le fait que le DRH devra se pencher plus sur la gestion des performances que des individus et leur discipline.

Quelle est votre évaluation de l’évolution de la Gestion des ressources humaines au Maroc ?
A mon humble avis, l’évolution de la gestion des ressources humaines au Maroc n’est pas homogène. Il existe plusieurs niveaux avec des décalages énormes et vertigineux. La réalité est que nous n’en avons pas UNE mais plutôt plusieurs. Il serait simpliste de vouloir modéliser la GRH comme pratique au Maroc car on constate des déphasages énormes, ce qui rend cet exercice impossible pour ne pas dire absurde.

Quels sont les points noirs qui nécessitent urgemment une opération coup de poing pour que cela change dans le bon sens ?
La mentalité de l’entrepreneur, la mentalité du salarié, la mentalité du syndicaliste. Bref, la mentalité. Le big challenge pour notre pays est d’oser une refonte de la relation juridico-légale entre l’employeur et l’employé et de revoir le code du travail. Les mesures incitatives à l’investissement étranger ne pourront plus suffire pour encourager les entrepreneurs à chercher une place. La dimension économique devra être déclarée avec plus d’audace. La compétitivité du marché de travail marocain tient beaucoup plus aux attitudes de nos salariés que du niveau (dit bas) du SMIG que nous pouvons assurer aux investisseurs.

Le mot de la fin …
Sans réforme et refonte de la relation employé-employeur, culture de travail, valeurs de travail, législation régissant les interactions entre les deux parties prenantes, rôles et limites de l’activisme syndical, nous n’irons pas loin. Sénèque l’a déjà dit : «Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles.

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