El Montacir Bensaid : «Nous nous devons d’intégrer dans l’enseignement les spécificités marocaines»

El Montacir Bensaid : «Nous nous devons d’intégrer dans l’enseignement les spécificités marocaines»

Questions à El Montacir Bensaid, ex-directeur de l’Ecole nationale de l’architecture (ENA), architecte et enseignant

ALM : Dans le contexte post-Covid, quels sont les enseignements et les «skills» qui doivent être intégrés dans la formation des architectes de demain ?

El Montacir Bensaid : L’enseignement de l’architecture est par essence dicté par l’usager, par ses attentes, ses contraintes et l’espace dans lequel sa culture le fait évoluer, il est donc flexible et doit s’adapter aux nouveaux défis. La Covid doit, à notre niveau, être prise en considération et faire l’objet d’une approche circonstancielle dans la formation que nous dispensons. Tout d’abord dans la conception des unités d’habitation exigües qui dans le cas du confinement, sans espaces conséquents de circulation, sans balcons et terrasses et sans des aménagements extérieurs dignes de ce nom, ont largement contribué à la propagation du virus et au non-respect des règles de distanciation physique. Ensuite, il n’est plus possible de réfléchir en termes d’architecture pérenne d’urbanisme classique.
Nos villes doivent être repensées, la mobilité urbaine, les distances entre les services…

Pensez-vous que les conditions actuelles d’entrée aux écoles d’architecture permettent de choisir les bons profils ?

J’ai été, pendant 8 ans, directeur de l’ENA de Rabat et j’avais réformé le concours d’accès à l’ENA en partant du principe que le profiling et l’entretien oral nous permettent de mieux sélectionner les candidats. Les résultats ont dépassé nos espérances, malheureusement ce type de concours est trop transparent, trop chirurgical et n’arrange pas tout le monde. On ne peut pas choisir les bons profils sur des moyennes gonflées au bac, des mentions ou des types de bacs mais sur les motivations, les attentes des étudiants, les sensibilités à l’art, les aptitudes personnelles à communiquer, et les équilibres psychologiques.La sélection peut se faire sur un minimum de moyenne au bac pour réduire le nombre mais surtout élargir l’accès à d’autres types de bacs. L’entretien oral est extrêmement important, je dirais qu’il doit être incontournable.
Pour les épreuves écrites c’est la connaissance générale qui doit primer. Il est aberrant que l’on pose des questions d’architecture à un candidat qui va entrer en 1ère année d’architecture, cela n’a aucun sens.

Quelles sont les failles à combler dans la formation actuelle des étudiants-architectes au Maroc ?

Les formations dispensées en architecture sont hétérogènes au Maroc, surtout depuis la privatisation de ces formations, non pas dans le sens critique, car elles peuvent être enrichissantes si elles sont bien encadrées mais face aux défis qui nous attendent, elles restent en deçà des besoins. Je m’explique : une école privée partenaire d’une école française par exemple est susceptible de prendre l’enseignement français pour argent comptant.
Or au Maroc, nos futurs architectes vont devoir affronter des situations qui n’existent pas ou plus en Europe : l’habitat précaire et les bidonvilles, les constructions en terre, les médinas et leur tissu urbain, les villes nouvelles, l’habitat rural et les zones désertiques, la ghettoïsation de nos banlieues, la dégradation de nos riads et fondouks transformés en dortoirs pour familles nombreuses… Tout ça pour dire que nous nous devons d’intégrer dans l’enseignement les spécificités marocaines. Oui nous devons évoluer à l’international, pouvoir égaler en connaissances nos confrères d’ailleurs : durabilité, basse consommation d’énergie, environnement, villes intelligentes… Mais en même temps pouvoir faire de la mésothérapie chez nous.

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