Khalid Machchate : «La Digital Literacy et la maîtrise de langues étrangères sont d’une importance capitale»

Khalid Machchate : «La Digital Literacy et la maîtrise de langues étrangères sont d’une importance capitale»

Entretien avec Khalid Machchate, directeur de K&W Technologies et fondateur de Skillearn

Khalid Machchate a accumulé une grande expérience dans le secteur des technologies de rupture. Actuellement directeur de K&W Technologies, l’expert est fondateur de Skillearn et fait partie des «Forbes 30 Under 30». Le jeune professeur et speaker international nous livre sa vision sur les métiers de demain, les «skills» à intégrer dans l’enseignement universitaire pour préparer les jeunes au marché de l’emploi et à l’entrepreneuriat.

ALM : Dans le contexte post-Covid, quels sont les enseignements et les «skills» qui devront être intégrés dans nos universités et nos écoles ?

Khalid Machchate : Je pense qu’il faut distinguer deux types de «skills» à intégrer en université post-Covid :
-Skills technologiques : Ils sont en relation avec les métiers praticables à distance, ceci afin de saisir l’opportunité économique du fait que les Gafam et équivalents européens et asiatiques ont accéléré le mouvement vers le «Remote Work» et le «Remote Hiring», comme Twitter qui a décidé de mettre quasiment tous ses employés au travail à distance, ce qui permettra d’élargir le marché du travail pour ceux maîtrisant ces métiers au monde entier, tout en participant à la richesse du tissu productif marocain. Cependant, ceci devra être accompagné impérativement par une formation entrepreneuriale et intrapreneuriale pour inculquer la prise d’initiative, l’innovation, l’adaptabilité et la résilience de ces jeunes qui sortent à ce marché de travail mondialisé et qui doivent créer leurs propres opportunités, entrepreneuriales mais aussi auto-entrepreneuriales.
-Les skills en gestion de relations professionnelles et interpersonnelles : Plus communément appelée Soft Skills, Essential Skills ou encore Power Skills. Le besoin s’en voit exacerbé post-Covid par la nationalisation, mais aussi la mondialisation, d’un grand nombre de métiers. Ceci augmentera le nombre d’opportunités accessibles à chacun certes, mais imposera en même temps plus de compétition sur ces opportunités. Dans ces cas-là, hors la maîtrise technique, le facteur décisif en recrutement deviendra ces Essential Skills. La complexité supplémentaire de gérer ces relations professionnelles par visioconférence interposée n’arrangera pas les choses pour les court et moyen termes, et imposera une maîtrise encore plus profonde des Essential Skills. De même la Digital Literacy et la maîtrise de langues étrangères sont d’une importance capitale.

Comment développer l’esprit entrepreneurial auprès des jeunes ?

Il faut développer non seulement la connaissance entrepreneuriale mais aussi l’action entrepreneuriale et intrapreneuriale auprès des jeunes pour réussir la transformation de leur «mindset» et leur capacité d’exécution en même temps. Il faut aussi créer des plateformes de jobs étudiants, des parcours d’alternance, et des opportunités d’auto-entrepreneuriat au sein des universités sont aussi importants sinon plus que d’intégrer des formations entrepreneuriales dans les parcours universitaires et mettre des incubateurs dans chaque campus. Lorsque l’université a besoin d’un site web, d’organiser une conférence, de tondre le gazon, ou de repeindre les terrains, on devrait avoir le réflexe de poster cela comme opportunité pour les étudiants de faire, sur la base d’appel d’offres simplifié, comme c’est le cas sous d’autres cieux. Il n’y a rien de plus encourageant et préparant pour se lancer vers l’entrepreneuriat, et apprendre les valeurs de qualité, d’intégrité et de professionnalisme, que de pouvoir saisir une opportunité, et se faire rémunérer pour un travail bien fait, tout en étant responsabilisé sous termes contractuels.
Quelles sont les failles à combler dans l’enseignement des IT au Maroc ?
Aussi simplement que je puisse l’exprimer, le nombre insuffisant de jeunes formés, la variété des parcours de formations et technologies enseignées très limitée, le contenu de formation non mis à jour et pédagogie caduque, le manque de formation complémentaire en Soft Skills et en langues étrangères.

Selon vous, comment faire en sorte que nos écoles et nos universités puissent donner des formations plus adaptées au marché de l’emploi ?

Pour adapter les formations et cursus au marché de l’emploi, il faut 3 éléments fondamentaux : écouter le marché actuel, faire de la veille pour le marché de demain, et créer des cursus capables de s’adapter d’année en année en matière de contenu et formation des formateurs. Pour écouter le marché actuel, il faut créer des ponts de discussion entre le privé et les universités et écoles, à l’instar de certaines écoles techniques spécialisées dans l’automobile et l’avionique et leur effort de co-création de parcours de formation professionnelle initiale avec les plus gros acteurs privés du secteur pour préparer les compétences adéquates et demandées, mais aussi des programmes de reconversion de diplômés dans des domaines adjacents ou plus génériques. En ce qui concerne la veille pour le marché de demain, nous pouvons remarquer un certain nombre de tendances générales qui permet de se projeter, au moins de façon approximative, sur les grands axes de formation demandée sur le moyen terme, notamment en se renseignant sur les différentes compétences demandées par les entreprises mondiales sur le devant de la scène de chaque secteur d’activité important au Maroc, ainsi que ceux pouvant faire l’objet de paris stratégiques à long terme. Dans cette perspective de projection moyen et long termes, nous devrons former des profils versés dans ces verticales futures, qui ont assez de connaissances et compétences génériques pour pouvoir être facilement convertissables, et en une courte période de 3 à 6 mois de formation pratique en collaboration avec l’employeur, vers des compétences plus pointues dans des domaines adjacents.
Mais nous pouvons faire encore mieux, et plus adaptatif en cours de formation, en passant vers une méthodologie de formation hybride, où on peut non seulement mettre à jour le contenu de formation quasi annuellement, mais on pourra aussi transformer les heures passées en présentiel vers un focus très pratique et «soft skills», ce qui permettra d’améliorer considérablement la qualité des diplômés.

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