Hind Moutawakil : «Les risques psychosociaux deviennent le 2ème motif d’arrêt de travail après la crise due à la Covid-19»

Hind Moutawakil : «Les risques psychosociaux deviennent le 2ème motif d’arrêt de travail après la crise due à la Covid-19»

Entretien avec Hind Moutawakil, directrice Sup’RH

En marge du colloque national organisé le 9 avril dernier sur «Les risques psychosociaux (RPS) dans l’entreprise marocaine» par Centre d’études et de recherches en management du capital humain (Cermach) de SUP’RH en collaboration scientifique avec la Faculté des sciences juridiques économiques et sociales Ain Sebaâ, Hind Moutawakil, directrice de l’établissement privé en question, revient sur les points saillants de cet événement.

ALM : Quels sont les principaux facteurs de risque psychosociaux dans l’entreprise ?

Hind Moutawakil : Les principaux facteurs de RPS dans l’entreprise sont multiples. Déjà l’intensité et temps de travail ou les contraintes de rythme, et l’existence d’objectifs irréalistes ou flous en représentent une catégorie. Les exigences émotionnelles, qui font référence à la nécessité de façonner ses propres émotions (absence de sourire, aucune prédisposition à être de bonne humeur..) influent aussi sur le moral du salarié. Le manque d’autonomie, qui crée une frustration de ne pas avoir de latitude décisionnelle est un autre facteur de risque psychosocial. Les rapports sociaux dégradés qui incluent les relations avec les collègues et la hiérarchie , les perspectives de carrière, l’adéquation de la tâche à la personne sont autant de facteurs qui influent négativement sur l’état physique et mental de l’individu en activité. Les conflits de valeurs, qui renvoient à ceux intrapsychiques consécutifs à la distorsion entre ce qui est exigé au travail et ses valeurs impactent, également, sur la santé du salarié. Enfin, l’insécurité de la situation de travail d’une manière globale rend vulnérable le salarié et représente un facteur risque indéniable affectant la santé mentale et physique du salarié.

Quels sont leurs impacts sur les salariés et par effet induit sur l’entreprise ?

Les risques psychosociaux ont des répercussions très importantes sur les entreprises. Déjà, ils se traduisent par une augmentation de l’absentéisme qui est le signe d’un désinvestissement du travail au profit de la vie extraprofessionnelle. Il en découle une dégradation de la productivité mais également du climat social (ndlr: grèves, mouvements sociaux, procédures judiciaires). Ces facteurs engendrent aussi une augmentation du turn over (ndlr : taux de rotation du personnel) qu’il soit directement dû, au fait des salariés (ndlr : démission) ou non (ndlr : licenciement, inaptitude, départ en retraite anticipée). La mauvaise ambiance au travail se traduira par des actes de malveillance ou de violence au travail. Bref, l’impact des risques psychosociaux est aussi important au niveau des entreprises, qu’au niveau macroéconomique, à l’échelle des nations. La prise de conscience de toutes les dimensions des risques psychosociaux amène, d’ailleurs, aujourd’hui, tous les acteurs de l’entreprise à réfléchir à cette problématique.

Peut-on dire que la pandémie a aujourd’hui amplifié le phénomène ?

Du fait de la pandémie de la Covid-19, le télétravail a connu un essor sans précédent en 2020, pour atteindre 41% des salariés (ndlr: enquête menée en France en 2020) en mai, lors du premier confinement. Couplé avec un contexte anxiogène, ce mode de travail a généré, selon cette étude, du surmenage, de la porosité entre vie personnelle et vie professionnelle, du stress, de la détresse psychologique et de la fatigue physique. Ces conséquences négatives du télétravail forcé révèlent et accentuent le désengagement massif des salariés .
La pandémie de la Covid-19 aura sans aucun doute complètement bouleversé le monde du travail. Et notamment, au sujet de la prévention des risques professionnels et psychosociaux en entreprise. Déjà avant la crise, les études pointaient l’augmentation de l’absentéisme, les niveaux de stress élevés et le désengagement des salariés. Mais le phénomène a largement été amplifié par la pandémie. Les RPS devenant ainsi le deuxième motif d’arrêt de travail en 2020 après la crise due à la pandémie Covid-19 avant même les troubles musculo-squelettiques, ce qui est une grande première mondiale .

Quelles seraient vos recommandations face à cette situation ?

Il est important d’initier le plus tôt possible des actions préventives permettant d’atténuer les impacts sur la santé psychologique et physique des travailleurs. Déjà, j’encourage la facilitation des échanges entre les supérieurs immédiats et les travailleurs en instaurant des modalités de communication. Renforcer la culture de soutien et d’entraide au sein du milieu de travail est essentiel également. Être attentif aux conditions propices à l’émergence de harcèlement psychologique au travail est fortement recommandé pour éviter tout RPS. Donner les moyens adéquats aux travailleurs pour qu’ils puissent bien faire leur travail, de façon sécuritaire et dans le respect strict des mesures sanitaires en vigueur et satisfaisantes est aussi très important pour éviter ces risques. Privilégier la reconnaissance au quotidien pour les travailleurs et pour les équipes, valoriser les efforts consentis par chacun, porter un jugement positif sur le travail est fortement recommandé. Je préconise aussi la consultation et l’implication des employés sur les décisions qui concernent leur travail. Miser sur la participation des personnes et des groupes et stimuler les initiatives est une bonne manière de passer outre les RPS.

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