Humanisation de la relation
Dans un monde saturé de notifications, d’algorithmes et d’intelligences artificielles capables de simuler l’empathie, une question s’impose avec une urgence : qu’est-ce qui fait qu’une relation entre deux êtres humains soit véritablement vivante ? C’est autour de cette question que s’est construit l’atelier proposé par Amal Hihi MCC ICF, fondatrice de Shine Groupe & Pi-Coach.pro, à l’occasion de l’International Coaching Week organisé par ICF Maroc. Retour sur les faits marquants.
Amal Hihi est partie du constat bien réel que «jamais dans l’histoire de l’humanité les outils de communication n’ont été aussi nombreux, aussi puissants, aussi instantanés. Et pourtant, jamais l’isolement, la fragmentation des équipes et la perte de sens au travail n’ont été aussi documentés». C’est bel et bien ce paradoxe qui a constitué le point de départ de son atelier lors de l’International Coaching Week organisé par IFC Maroc.
L’experte coach depuis plusieurs décennies pose la problématique : «Le stress, le désengagement et l’effacement du lien dans les organisations ne sont pas des fatalités. Ce sont les symptômes d’une déconnexion profonde, d’une humanité mise en veille par l’efficacité transactionnelle», explique-t-elle. Pour elle une chose est sûre : «L’intelligence artificielle a rendu un service inattendu : elle a mis en lumière, par contraste, ce que le lien humain contient que la machine ne peut pas reproduire». Dans son intervention la coach affirme en effet que ce que l’IA ne peut pas faire, c’est être présente, c’est-à-dire affectée par ce qu’elle entend, transformée par l’échange, capable d’accueillir l’incertitude et d’y rester sans chercher à la refermer immédiatement. Selon plusieurs études, il a été en effet démontré que «les équipes les plus performantes ne sont pas celles qui ont les meilleurs outils ou les processus les plus optimisés. Ce sont celles où les membres nourrissent un lien». En clair, un collectif où le lien est vivant résiste mieux aux crises, innove plus, traverse les changements sans se fracturer. «C’est de l’intelligence organisationnelle. Ce que l’on comprend mal du lien, c’est où il réside. On croit spontanément qu’il appartient à l’un ou à l’autre,» poursuit la spécialiste. Pour elle, «le lien est une entité co-créée. Il n’existe ni chez l’un, ni chez l’autre , il émerge dans l’espace qui les sépare, dans la qualité de l’attention mutuelle, dans ce que chacun choisit d’apporter à l’échange. C’est précisément pour cela qu’il ne peut pas être délégué à un algorithme, automatisé par un process, ou garanti par une culture d’entreprise affichée sur les murs». L’interactivité est humaine, elle ne peut pas être générée par l’intelligence artificielle. «L’algorithme se co-construit, moment après moment, conversation après conversation. Et il se défait de la même façon dans l’accumulation silencieuse des moments où l’on aurait pu être vraiment là, et où l’on ne l’a pas été».
Autre aspect relevé par Amal Hihi, celui de la présence au travail. Pour elle, «être présent, dans une organisation, ne signifie pas être disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Cela signifie, quand on est là, être vraiment là. C’est une posture intérieure avant d’être une pratique managériale. Un leader sait tenir un espace d’incertitude. Il écoute pour comprendre, il remarque ce qui se passe dans la relation, pas seulement ce qui se dit». Autrement dit, dans un monde où l’attention est la ressource la plus rare, offrir sa présence véritable à quelqu’un est peut-être l’acte de leadership le plus puissant qui soit. Amal Hihi précise à ce niveau que «la question n’est pas de choisir entre l’humain et la technologie. Elle est de savoir ce que nous choisissons de confier à chacun. L’IA peut gérer les flux, analyser les données, optimiser les processus mais les conversations difficiles, la reconnaissance sincère, la confiance qui se construit dans la durée, la capacité à traverser ensemble une période d’incertitude resteront humaines…».
Bref, ce que les organisations ont à faire maintenant c’est investir dans la qualité du lien avec la même rigueur qu’elles investissent dans leurs outils. L’experte recommande vivement de «former les managers à la présence, pas seulement à la performance. Il s’agit aussi de créer des espaces où la vulnérabilité est permise au-delà des espaces où la compétence est mesurée. L’enjeu est aussi de traiter le lien comme une infrastructure invisible mais fondamentale».
La boucle sera bouclée. Et l’intelligence artificielle aura sa place dans un environnement où la relation humaine est préservée.










