Jihane Benslimane, consultante Business Strategy Europe – Afrique Hera Consulting Group
Entretien
Dans un contexte de pression concurrentielle accrue, de rareté des ressources et d’exigence croissante de performance, de nombreux groupes continuent pourtant à fonctionner en silos. L’interclustering représente une réponse structurante à ce défi : il permet de transformer un ensemble d’activités juxtaposées en un écosystème cohérent, capable de générer des synergies commerciales, d’optimiser les coûts, d’accélérer l’innovation et de renforcer la résilience globale. Jihane Benslimane nous explique comment passer d’une logique d’addition d’activités à une logique de création de valeur collective. Dans un environnement économique incertain, la capacité d’un groupe à activer intelligemment ses complémentarités internes devient un avantage compétitif majeur.
ALM : Pourriez-vous nous définir ce qu’est l’interclustering ?
Jihane Benslimane : Avant de définir l’interclustering, je souhaite préciser ce qu’est un cluster. Un cluster est un regroupement d’entreprises et d’acteurs (centres de recherche, universités, institutions) d’un même secteur ou de filières connexes, généralement implantés sur un même marché. Ces acteurs, tout en restant indépendants, coopèrent pour mutualiser leurs ressources, favoriser le transfert de savoir-faire et renforcer leur compétitivité. L’interclustering va plus loin : il s’agit d’une collaboration structurée entre plusieurs clusters, qu’ils relèvent du même secteur ou d’industries complémentaires. Cette alliance stratégique élargit les synergies à l’échelle de plusieurs écosystèmes, dans une logique d’intelligence collective, d’innovation ouverte et de création de valeur partagée.
Dans quel contexte l’entreprise a intérêt à appliquer cette méthode ?
Selon moi, cette méthode est intéressante dans un environnement marqué par la rareté des ressources, la pression concurrentielle et l’accélération technologique. Lorsque l’innovation devient multidisciplinaire et que les cycles de marché se raccourcissent, l’entreprise gagne à s’ouvrir à d’autres écosystèmes pour rester agile et offensive.
Quels sont les bénéfices de l’interclustering ?
L’interclustering permet d’accélérer l’innovation, d’accéder à des expertises complémentaires, de partager les risques et de réduire les coûts liés à la recherche de partenaires. Il renforce également la visibilité des territoires et améliore la capacité d’adaptation stratégique des entreprises face aux crises. Dans le contexte marocain, cela peut se traduire par l’intégration de solutions technologiques dans l’industrie (ex: une PME industrielle située à Casablanca peut collaborer avec un cluster digital incluant une autre entreprise se trouvant à Oujda), l’amélioration de produits destinés à l’export (ex : entreprise agroalimentaire travaillant avec un pôle de recherche d’une université et optimisant ainsi les compétences externes), ou encore le co-développement de solutions durables pour conquérir de nouveaux marchés.
Quelles sont les conditions qui permettent sa mise en place ?
D’après notre approche prospective, il semble essentiel d’avoir tout d’abord une vision stratégique partagée, une gouvernance claire, des règles explicites en matière de propriété intellectuelle et un pilotage rigoureux des projets. La confiance entre les parties constitue le socle indispensable.
Comment préparer les équipes à recevoir cette nouvelle solution ?
Il est indispensable d’impliquer les collaborateurs en communiquant sur le sens de cette démarche et en identifiant les projets pilotes concrets pour faciliter l’adhésion.
Les résistances sont inévitables. Quelles solutions en amont ?
Selon mon point de vue, toute conduite du changement nécessite une anticipation par une communication transparente, une clarification des bénéfices individuels et collectifs des collaborateurs et la création d’espace d’échange sur les projets afin de démontrer rapidement des résultats mesurables qui vont rassurer et encourager les équipes.
Les entreprises y ont-elles recours ? Existe-t-il des secteurs spécifiques ?
Oui, notamment dans les secteurs technologiques, industriels, agroalimentaires ou liés à l’économie verte. Toutefois, l’interclustering n’est pas sectoriel : toute entreprise souhaitant innover et renforcer sa résilience peut l’adopter.
En tant qu’experte, quelles sont vos recommandations ?
Je recommande à chaque chef d’entreprise de considérer l’interclustering comme un projet de transformation : clarifier les objectifs, choisir des partenaires complémentaires, formaliser la gouvernance et mesurer régulièrement la performance des collaborations.
Le mot de la fin ?
La compétitivité ne se construit plus en silo. Elle se co-construit. L’interclustering n’est pas seulement une méthode organisationnelle, mais une nouvelle manière de penser la création de valeur, collective et durable.










