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Performance managériale et collective : L’intelligence politique n’est pas de la manipulation

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Stratégie
Essaid Elaalej, directeur du Centre de recherches et d’études stratégiques à Paris et conseiller en stratégie politique et leadership, a été invité il y a quelques semaines pour intervenir sur la question lors du Congrès international du développement personnel et professionnel organisé par l’association le Cercle des Diamants. Retour sur les faits marquants d’un ingrédient fort nécessaire pour manager efficacement.

L’objectif de son talk est de clarifier la notion de politique en entreprise, de mieux comprendre l’intelligence politique et son importance. Le but étant aussi de savoir comment la développer et l’utiliser pour la performance managériale et collective.
«L’intelligence politique est la capacité à repérer, comprendre et agir sur les jeux de pouvoir, d’intérêts et de représentations qui structurent toute vie collective. Elle combine l’analyse des acteurs et des institutions, la lecture des enjeux implicites et l’aptitude à construire les coalitions et à influencer des décisions de façon efficace et légitime». L’expert introduira ainsi cette notion.
L’intelligence politique en entreprise admet des spécificités. En entreprise l’intelligence politique s’applique aux relations internes et externes. Les premières font référence aux comités, aux managers et aux équipes et les secondes aux partenaires, régulateurs et grands clients. «L’intelligence politique vise notamment à anticiper les résistances au changement, à mobiliser les ressources et sponsors pour un projet à négocier des compromis et renforcer la légitimité des décisions», poursuit le consultant.

Pour lui toutes politiques et stratégies se doivent de respecter le cadre de référence fondamental de l’entreprise. «L’intelligence politique aligne managers et actions sur le cadre de référence fondamental», poursuit le stratège qui a été conseiller de Jacques Chirac…
Pour aller au fond des choses, il décryptera la socio dynamique au sein de l’entreprise la définissant comme une entité complexe composée d’une institution et d’un corps social.
«L’institution représente la structure juridique, technique et financière qui recherche l’efficacité dans tous ses domaines d’activités, à savoir économiques, financiers, commerciaux, techniques… Le corps social représente la ressource composant l’ensemble du personnel de l’entreprise qui cherche un compromis entre leurs aspirations et l’idée qu’ils se font du bien commun en dépit ou aux dépens de l’institution», détaillera-t-il à l’audience.

Pour lui, «piloter dans le changement continu et rapide, c’est contribuer à la performance de l’entreprise en conciliant les impératifs de l’institution et les aspirations du corps social».
Il fera également remarquer que «les aspirations du corps social et les impératifs de l’institution peuvent apparaître contradictoires. Ces tensions sont inévitables mais il ne faut pas les nier. Une bonne intelligence politique les intègre comme utiles et nécessaires car seule une institution en bonne santé économique a les moyens de répondre aux aspirations du corps social. Et seul un corps social heureux peut fournir le travail nécessaire aux impératifs de l’institution». Au-delà, il précisera que «le manager doit détecter les impératifs de l’institution susceptibles de répondre aux aspirations du corps social pour les utiliser et les mettre en avant. Parallèlement, il doit être exigeant en ce qui concerne les impératifs de l’institution plus éloignés des aspirations du corps social ».
Pourquoi l’intelligence politique ?

Pour lui l’intelligence politique se justifie déjà parce que l’irrationnel existe dans toutes les entreprises. Il arrive que les décisions ne suivent pas toujours un processus purement rationnel. Elles sont influencées par des jeux d’intérêts divergents, des alliances, des rapports de force, des représentations différentes de priorités. L’intelligence politique permet de comprendre ce qui se joue réellement au-delà des organigrammes.
Maximiser le taux de succès des projets souvent liés à un manque d’adhésion représente la seconde raison. «La majorité des projets échouent non pas à cause de leur qualité technique mais parce que certains acteurs n’ont pas été consultés, des résistances ignorées et des sponsors insuffisamment engagés», explique à ce stade Essaid Elaalej.
Il en profitera pour affirmer que «l’intelligence politique aide à identifier les parties prenantes clés, anticiper les résistances et construire des alliances solides. C’est une condition directe de réussite opérationnelle».
Tertio, l’intelligence politique est recommandée également car elle permet de convaincre les bons acteurs et de montrer la valeur stratégique d’un projet, de mobiliser plus rapidement les bonnes personnes. Elle améliore aussi la capacité d’action réelle.

Le manager la préconise également pour gérer les conflits et maintenir des relations de qualité. «Les tensions sont inévitables dans toute organisation. L’intelligence politique permet de comprendre les motivations réelles derrière les conflits. Il s’agit là de distinguer les oppositions de principe des oppositions d’intérêts. Enfin elle ouvre la voie aux solutions qui préservent les relations».
Autre raison d’imprégner l’intelligence politique à la posture du manager, le cheminement au leadership crédible, éthique et responsable. «Un leader efficace doit inspirer confiance et donner du sens. L’intelligence politique bien employée signifie transparence dans les intentions, loyauté envers les équipes, utilisation de l’influence pour servir un objectif collectif et pas de manipulation».
L’expert est clair.
«L’intelligence politique n’est pas une manipulation. C’est l’art de comprendre, anticiper et influencer avec intégrité. Elle permet de progresser professionnellement sans adopter des comportements toxiques», détaillera-t-il.

Autre raison de la nécessité d’instaurer l’intelligence politique dans les modes de gouvernance est le fait que les entreprises sont de plus en plus transversales, multiculturelles et interconnectées. «La réussite ne dépend plus seulement de compétences techniques mais de la capacité à se positionner dans les réseaux, d’interpréter les signaux faibles, de comprendre les jeux du pouvoir et enfin de lire les situations rapidement. L’intelligence de ce fait devient une compétence de survie professionnelle».
Suite à cela le développement de l’intelligence politique sera nécessaire. A ce stade il est essentiel, selon l’expert, d’observer et d’analyser le cadre de référence. «Il s’agit également de savoir qui influence quoi, pourquoi et comment. Comprendre les motivations visibles et invisibles représente aussi un enjeu. La suite étant la construction d’un réseau interne alliés, mentors et relais». L’intervenant insistera sur l’intégrité.
«L’intelligence politique n’est pas une manipulation ni jeux de pouvoir toxiques. Son efficacité repose sur l’alliance entre lucidité stratégique et conscience professionnelle. Il s’agit d’une compétence analyse pratique pour comprendre le contexte humain de la décision collective et agir de manière efficace et éthique», conclut M. Elaalej.