Entretien
Le portage, associé très souvent à l’externalisation RH, gagne de plus en plus de terrain au Maroc. Youssef Bennani évolue depuis quelques années dans ce domaine et apporte un éclairage sur le sujet. Pour lui, le premier avantage de cette technique est la tranquillité d’esprit. Le gain de temps et de réactivité sont aussi énormes dans ce cas précis. Et quand on sait que certains secteurs ont des besoins très rapides, l’enjeu est de pouvoir mobiliser des équipes quasiment immédiatement.
ALM : Pourriez-vous déjà nous définir le portage?
Youssef Bennani : Le portage et l’externalisation RH, c’est avant tout une manière plus souple et plus intelligente de gérer les ressources humaines. Concrètement, une entreprise confie à un partenaire spécialisé comme nous la gestion de certains aspects RH : recrutement, gestion administrative, paie, déclarations sociales, accompagnement des collaborateurs… Mais au-delà de la dimension technique, il faut surtout comprendre que les entreprises aujourd’hui cherchent de l’agilité. Elles veulent pouvoir se concentrer sur leur métier tout en étant rassurées sur la gestion humaine, sociale et juridique de leurs équipes. Chez Master Blow, nous avons voulu apporter une approche plus humaine et plus moderne du métier, parce qu’on considère qu’un collaborateur bien traité et bien accompagné sera forcément plus engagé et plus performant.
Existe-t-il des conditions pour créer une société de portage au Maroc ?
Oui, bien sûr. Le secteur est encadré par le Code du travail marocain et il existe plusieurs obligations administratives, sociales et financières pour pouvoir exercer légalement. C’est un métier qui demande beaucoup de rigueur parce qu’on gère avant tout de l’humain : les salaires, les déclarations sociales, les contrats, les droits des collaborateurs…
Malheureusement, pendant longtemps, le secteur a souffert de certaines pratiques qui ont parfois fragilisé son image. Aujourd’hui, les choses évoluent et on sent une vraie volonté de professionnalisation du marché. C’est justement dans cette dynamique que nous avons voulu nous inscrire.
Quels sont les signaux qui vous ont poussé à créer une société évoluant dans cette activité qui n’est pas forcément connue au Maroc ?
Très honnêtement, nous avons surtout observé une réalité de terrain. Les entreprises marocaines ont de plus en plus besoin de flexibilité et de rapidité, mais elles veulent aussi des partenaires fiables et sérieux. En parallèle, beaucoup de collaborateurs recherchent davantage de stabilité, de respect et de transparence. Nous avons senti qu’il y avait un vrai espace pour proposer un modèle différent. Le déclic est aussi venu après la période Covid-19. Cette crise a montré les limites de certaines pratiques informelles et a rappelé l’importance de la conformité sociale et de la protection des salariés. Nous nous sommes dit qu’il était temps de montrer qu’on pouvait faire de l’intérim et de l’externalisation RH autrement : avec de la transparence, de la technologie, du suivi humain et une vraie logique de partenariat.
Cela fait combien de temps que vous évoluez dans ce créneau ? Quel bilan pourriez-vous faire aujourd’hui ?
Nous évoluons dans les métiers du capital humain depuis plus de 20 ans aujourd’hui. Le bilan est très encourageant parce qu’on voit que les mentalités changent. Avant, beaucoup d’entreprises voyaient uniquement l’intérim comme une solution administrative ou ponctuelle. Aujourd’hui, elles comprennent que la gestion RH peut devenir un vrai levier de performance et de stabilité. Nous accompagnons aujourd’hui plus de 100 clients et gérons plus de 650 collaborateurs. Mais au-delà des chiffres, ce qui nous rend plus fiers, c’est la confiance qui se construit avec les clients et avec les collaborateurs sur le terrain.
Quelles sont les entreprises qui se prêtent à ce genre d’externalisation ?
En réalité, presque toutes les entreprises peuvent être concernées. Nous travaillons avec des industriels, des logisticiens, des acteurs de la grande distribution, des multinationales, mais aussi beaucoup de PME marocaines. Certaines ont besoin de recruter rapidement, d’autres veulent sécuriser leur gestion RH ou gagner du temps sur toute la partie administrative. Aujourd’hui, même des entreprises très structurées préfèrent externaliser certaines fonctions pour rester concentrées sur leur développement et leur activité principale.
Quels sont les avantages qu’elles en tirent ?
Le premier avantage, c’est clairement la tranquillité d’esprit. Quand une entreprise sait que toute la partie RH, sociale et administrative est bien gérée, elle peut avancer plus sereinement.
Il y a aussi un énorme gain de temps et de réactivité. Aujourd’hui, certains secteurs ont des besoins très rapides et il faut pouvoir mobiliser des équipes quasiment immédiatement.
Nous apportons également beaucoup de proximité humaine. Chez nous, le collaborateur n’est pas juste un matricule ou un contrat. Il y a un vrai suivi, un accompagnement et une disponibilité permanente des équipes. Et puis il y a toute la partie digitale qui simplifie énormément les choses, aussi bien pour les clients que pour les salariés.
À combien facturez-vous ce genre de prestations ?
Il n’y a pas vraiment de tarif standard parce que chaque entreprise a des besoins différents.
Cela dépend du volume de collaborateurs, du niveau d’accompagnement demandé, de la présence sur site, des outils mobilisés ou encore de la complexité opérationnelle. Notre logique n’est pas simplement de «placer du personnel». Nous proposons surtout une solution RH complète et sécurisée. Aujourd’hui, les entreprises recherchent moins «le moins cher» qu’un partenaire capable d’être réactif, fiable et conforme.
Peut-on dire que le marché marocain représente des opportunités compte tenu du fait qu’il est constitué en large partie par des PME et des TPME ?
Oui, clairement. Les PME et TPME marocaines ont énormément de potentiel mais elles n’ont pas toujours les ressources internes pour structurer toute une fonction RH. L’externalisation leur permet justement d’accéder à une expertise professionnelle sans supporter les coûts d’une grande structure interne. Et puis il faut reconnaître qu’au Maroc, beaucoup de secteurs évoluent très vite : industrie, logistique, retail, services, e-commerce… Les besoins en flexibilité et en capital humain qualifié vont continuer à augmenter. Le potentiel du marché est donc réel et il reste encore beaucoup de choses à construire et à professionnaliser.
Quelles sont vos perspectives de développement ?
Notre objectif est de continuer à grandir tout en gardant cette proximité humaine qui fait notre ADN. Nous voulons renforcer davantage nos outils digitaux, développer nos services RH à plus forte valeur ajoutée et accompagner encore plus d’entreprises partout au Maroc. Mais surtout, nous voulons continuer à faire évoluer la perception du secteur. Nous pensons sincèrement qu’on peut faire de l’intérim et de l’externalisation RH de manière responsable, moderne et valorisante pour tout le monde : l’entreprise comme le collaborateur.
Je dirais simplement que derrière les RH, il y a avant tout des femmes et des hommes. On parle souvent de performance, de productivité ou de croissance, mais au final, ce sont toujours les équipes humaines qui font la différence. Notre métier, c’est justement de créer ce lien de confiance entre l’entreprise et le collaborateur, avec plus de sérénité, plus de transparence et plus d’humanité.









