Entretien avec Hachem Tyal, psychiatre et psychanalyste / Crise de la Covid-19 : Quels impacts psychologiques sur les femmes au foyer ?

Entretien avec Hachem Tyal, psychiatre et psychanalyste / Crise de la Covid-19 : Quels impacts psychologiques sur les femmes au foyer ?

C’est par la parole, l’entraide et l’empathie que l’équilibre familiale peut surmonter toutes formes de crise. En ces moments difficiles, les femmes au foyer subissent plus lourdement les conséquences sociales et économiques de la Covid-19. Pour les plus âgées, leur situation est encore plus fragile en raison du sentiment d’isolement qu’elles peuvent vivre. Pour y voir plus clair, Hachem Tyal, psychiatre et psychanalyste nous livre son analyse.

ALM : Les femmes au foyer sont, peut-être, la catégorie qu’on a évoqué le moins durant cette période difficile. Quels sont les effets psychologiques de la crise actuelle sur ces femmes ?

Hachem Tyal : Est-ce qu’il y a un impact de genre ? Oui certainement. Cela a été démontré à l’échelle international. Les raisons sont souvent liées à des stéréotypes dans lesquels les femmes ont des fonctions particulières que n’ont pas les hommes. Les femmes, en effet, gèrent la famille beaucoup plus que les hommes. Ce sont elles qui prennent soin des grands-parents, et même des parents du mari quand ils sont à domicile. Ce sont elles qui prodiguent des soins quand des personnes ont en besoin à domicile alors que les maris même quand ils sont sans travail pour des raisons de Covid ne sentent pas la nécessité d’assumer ces fonctions. Donc, la quantité des responsabilités est accrue pour elles.
Ce qui est important à savoir, c’est que ces femmes vont, également, avoir à gérer toutes les tensions qu’il y a au sein de la famille comme les problèmes entre les enfants. Donc, elles ont à tout gérer. Ce qui n’est pas normal. Elles vont subir un stress nettement plus important que celui que subissent les maris en règle générale.
Ce stress va générer beaucoup plus de troubles chez ces femmes. Elles vont se retrouver avec de l’anxiété, des problèmes psychosomatiques, de la souffrance physique liée à leur difficulté à gérer le stress accru, des troubles du sommeil, des troubles de l’appétit, des troubles sexuels, et même parfois des syndromes dépressifs plus ou moins graves ou même des problèmes psychotiques délirants dans de relatifs rares cas.
Donc, ces femmes vont avoir des problèmes psychologiques nettement plus que les hommes.
C’est une chose qu’on évoque très peu alors que c’est une réalité à laquelle sont confrontées les femmes et dont il faut tenir compte dans les programmes de prévention en particulier. S’ajoute à ceci, la situation des femmes qui subissent la violence conjugale. Celles-ci sont dans une position sensible et parfois même grave parce qu’elles sont confrontées à l’agresseur pratiquement tout le temps quand le mari ne travaille pas pour des raisons liées à la Covid-19. Elles vont subir cette agression de manière très importante. D’autant plus que les services concernés en général par l’aide à ces femmes sont eux même débordés par la violence conjugale accrue pendant cette période.

L’absence de revenus pourrait-il constituer un facteur déterminant d’un état de dépression psychologique chez une femme au foyer ?

Le problème d’absence de revenus est particulièrement ressenti dans les foyers à faible revenus. Et pour cause: quand ces femmes travaillent, elles le font souvent par nécessité et elles contribuent à l’équilibre financier de la famille. Elles sont beaucoup plus facilement licenciées que les hommes surtout dans les petits emplois. Pour ces femmes qui se retrouvent sans revenus, toute l’économie de la famille qui va être impactée. Et donc, la place de la femme au niveau de l’équilibre du couple va être affectée. Faiblesse de revenu, gestion de la famille (ce qui est difficile par ces temps de Covid où tout le monde est à la maison dans des appartements très exiguës), une charge de travail familiale très importante…tout cela cumulé avec l’absence de revenu et son impact sur elle et sur la famille va évidemment la rendre plus vulnérable entrainant chez elle beaucoup plus facilement des états de dépression et pas seulement des états d’anxiété.

Les femmes âgées sont les plus en souffrance pendant cette période en raison de la distanciation sociale et des limitations de déplacements. Qu’est-ce qu’il faut faire pour aider cette catégorie qui a beaucoup donné à la société pour ne pas se sentir marginalisée ?

Le grand problème pour les personnes âgées, c’est qu’elles vont être souvent dans un isolement important à cause des mesures de distanciation. Leur raison de vivre est bien souvent, la relation qu’elles entretiennent avec leurs enfants qui donne essence à leur existence à travers l’amour, la tendresse, l’affection et l’attention. Ces personnes-là vont avoir besoin de beaucoup plus d’attention, beaucoup plus de présence même lointaine de la part de leurs enfants et leur montrer qu’on ne les a pas oubliés. Il faut également leur expliquer la gravité et les détails sur la situation actuelle.

Selon vous comment rétablir un certain équilibre au sein d’un couple en allégeant la charge mentale et physique qui pèsent sur les femmes au foyer ?

Une famille c’est un système avec des rôles et des attributions où chacun doit finalement trouver son compte. En situation de crise, il va y avoir une modification de ce système. Quand il y a cette modification de l’équilibre de la famille, cela va amener le système à être remis en question. Alors comment réduire justement l’impact de la crise sur le couple parentale ? C’est simplement à travers la magie de la parole. Grâce à l’échange et au travail sur ce qui dysfonctionne actuellement au niveau de la relation, les choses peuvent être différentes. Donc la charge mentale et physique va être modifiée à travers la remise en question des tâches de chacun des membres du couple de la famille. Il faut que le couple s’entraide et il ne peut s’entraider qu’en parlant.

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