Faits-Divers

5 ans de réclusion criminelle pour un pédophile

© D.R

Attentat à la pudeur
Nous sommes à la chambre criminelle près la Cour d’appel d’El Jadida. Au box des accusés, se tient un homme dans la force de l’âge, en état d’arrestation, poursuivi pour attentat à la pudeur sur un mineur. Ce dernier comparaît également mais en présence de sa mère, sa tutrice. L’affaire remonte à quelques mois lorsque cet homme, peintre en construction, est venu pour recouvrir de couches de blanc un appartement. C’est là que tout a commencé.

Dans les pièces de cet appartement flottait l’odeur âcre de la peinture fraîche. L’homme, trentenaire, se plongeait dans la peinture des murs. L’enfant, dix ans, était assis en tailleur dans un coin du salon. Ses grands yeux suivaient les gestes lents de l’ouvrier avec une curiosité passive. Lui, le peintre, n’avait rien d’extraordinaire. Un homme au regard fuyant et aux mains tachées. Pour l’enfant, il était juste un ouvrier, une présence familière dans le paysage de leur appartement en travaux. Sa mère vaquait aux occupations ménagères, surveillant d’une oreille distraite son fils aîné et son bébé qui gazouillait dans son berceau.

Elle était confiante. L’ennemi, pourtant, était déjà à l’intérieur des murs. Il se cachait sous les traits de l’homme pieux qui jouissait d’une bonne réputation. Seulement, quelques moments, juste avant de déjeuner, l’homme s’est approché de l’enfant, un sourire aux lèvres. Il lui a tendu son téléphone, promettant des images drôles. L’enfant, attiré par la promesse d’un divertissement, s’est approché. Sur l’écran défilaient des scènes qu’il ne comprenait pas, un monde d’adultes obscène et violent qui lui a serré le ventre sans qu’il sache pourquoi. Il a voulu partir, mais une main s’est posée sur son épaule, pas brusquement, juste assez fermement pour le retenir.

Puis il est venu l’ordre, déguisé en invitation, de le suivre dans la salle de bain. Pour l’enfant, ce lieu allait devenir soudain l’antichambre de l’horreur. L’homme l’y a suivi, a fermé la porte. L’univers de l’enfant s’est réduit à cette pièce exiguë et à la respiration soudainement plus forte de l’homme. Sans un mot, l’ouvrier a baissé le pantalon de l’enfant. Une douleur fulgurante a traversé le corps frêle. L’enfant a ouvert la bouche pour crier, mais aucun son n’est sorti. Seulement un souffle court et un gémissement étouffé. C’était fini aussi vite que c’était arrivé. L’homme s’est relevé, a arrangé ses vêtements.

Puis, il s’est penché vers l’oreille de l’enfant. Sa voix n’était plus doucereuse, mais grave, métallique, proférant une menace de mort si jamais l’enfant parlait à sa mère. Ces mots sont entrés en lui plus profondément encore que la douleur. Ils ont planté une graine de terreur absolue. Il est retourné au salon, silencieux, le corps endolori, l’âme déjà en miettes. Sa mère, voyant son air absent, mit cela sur le compte de la chaleur de l’été parce qu’ils étaient en juillet 2025. L’après-midi s’est écoulé, lourd et immobile. Le soir est venu. L’homme n’était pas parti. Il travaillait tard, disait-il. La mère préparait le dîner dans la cuisine. C’est alors que l’ouvrier a tendu à nouveau son téléphone à l’enfant. L’enfant, prisonnier d’une obéissance mécanique due à la peur, a pris l’objet. Mais c’était un nouveau leurre. Une fois de plus, l’homme l’a entraîné, cette fois dans une chambre.

Et le cauchemar s’est répété. Puis une troisième fois, dans le même soir, dans la même chambre silencieuse où l’ombre du peintre dévorait celle de l’enfant. L’enfant n’a pas crié. Il avait la promesse de mort scellée au fond de lui. Ce n’est que plusieurs jours plus tard, alors que sa mère le bordait, qu’il a senti les mots monter, comme une marée noire qu’il ne pouvait plus contenir. Le corps tremblant, la voix brisée par les sanglots, il a raconté. Il a parlé du téléphone, des images, de la salle de bain, de la chambre, de la douleur. Et de la menace de mort. Le monde de la mère s’est effondré. La forteresse avait été violée, et elle, la sentinelle, n’avait rien vu. Une rage froide et incandescente a pris la place de la stupéfaction. Elle a serré son fils contre elle et elle a réagi. Direction le commissariat, la main de l’enfant dans la sienne. Face aux policiers, l’enfant a répété son calvaire, avec des mots simples, terribles. L’homme a été arrêté et traduit devant la justice.
Verdict : Cinq ans de réclusion criminelle.