Passion aveuglante »
Il était receveur chargé du recouvrement des recettes des centres culturels et des expositions du ministère de la culture de Rabat. Un poste discret, une responsabilité immense. Pendant des mois, il a puisé en silence dans les fonds publics pour couvrir sa compagne de cadeaux croyant que personne ne verrait rien. Il avait tort. La facture s’élève à 420 mille dirhams et cinq ans de réclusion criminelle.
Il a suffi d’une voiture et de quelques bijoux étincelants pour que s’effondrent une carrière, une liberté, et l’illusion soigneusement entretenue d’une vie au-dessus de ses moyens. L’histoire de ce fonctionnaire du ministère de la jeunesse, de la culture et de la communication à Rabat ressemble à ces tragédies ordinaires où la passion le dispute à l’imprudence, jusqu’au point de non-retour.
Ce fonctionnaire de cinquante-cinq ans occupait le poste de receveur chargé de la collecte des fonds lors des expositions culturelles et dans les centres relevant de la tutelle ministérielle. Des sommes qui transitaient et s’accumulaient, et dont il était l’unique gardien. Une responsabilité que d’aucuns auraient portée avec rigueur. Lui y voyait autre chose. Car ce fonctionnaire était amoureux. Éperdument et aveuglément. Sa bien-aimée, dont il projetait de faire son épouse, incarnait à ses yeux tout ce qu’il souhaitait offrir. Et pour offrir, il faut de l’argent qu’il n’a pas, mais qu’il a, justement, sous la main. Peu à peu, discrètement, il puisait dans la caisse. Un prélèvement, puis un autre. Les sommes s’évaporaient en silence, absorbées par le train de vie d’un couple qui ne cachait pourtant pas son aisance soudaine. Une voiture de luxe neuve, des bijoux et des dépenses qui tranchaient avec le profil d’un simple fonctionnaire. Autour de lui, des regards s’interrogeaient. Mais il continuait, porté par la certitude fragile que tout cela restera invisible. C’est en février 2024 que l’édifice s’est fissuré. Les commissions d’inspection ont détecté un déficit inexpliqué dans les comptes de la direction. La plainte est déposée. La brigade régionale de lutte contre la criminalité financière et économique préfectorale de la sûreté à Rabat entre en scène, méthodique et implacable. Le bilan est sans appel : plus de 420 mille dirhams ont disparu des caisses publiques. Les soupçons ont convergé rapidement vers le receveur, dont le comportement et l’entourage ne cadraient plus avec son salaire de fonctionnaire. Arrêté et placé en garde à vue, il n’a pas résisté longtemps. Il a tout avoué. L’agent public a financé une voiture et des bijoux pour sa maîtresse, a-t-il dit aux enquêteurs. Une perquisition au domicile de cette dernière a confirmé ses dires. Les objets sont saisis, les preuves sont là.
Le procès qui a été tenu à la chambre criminelle de première instance chargée des crimes financiers près la Cour d’appel de Rabat a révélé deux visages face au même drame. Lui, incapable de justifier ses actes au-delà d’un aveu d’amour mal placé, a assumé sa chute sans chercher véritablement à en minimiser la portée. Elle, poursuivie en liberté provisoire, a plaidé l’ignorance avec conviction tout en s’interrogeant comment elle pouvait deviner que les cadeaux reçus étaient le fruit d’un détournement ? Elle croyait, selon ses déclarations, à un homme qui l’aimait et qui préparait leur avenir commun.
Le 15 décembre 2025, le verdict est tombé en première instance: cinq ans de réclusion criminelle assortie d’une amende de 30 mille dirhams, et la restitution des sommes détournées. Sa bien-aimée, elle, a été acquittée.
Sept mois plus tard, mercredi 3 juin 2026, la juridiction d’appel a confirmé la sentence dans son intégralité.









