Horreur
L’histoire de ce jeune trentenaire, commencée par un simple signalement de disparition, s’est transformée en aveu d’un crime particulièrement grave. Il doit bientôt comparaître devant la justice.
Ce jour de la troisième semaine du mois d’août, quand ce jeune homme de trente-six ans a franchi le seuil du commissariat de Benguérir, il avait déjà tout préparé dans sa tête. Chaque mot, chaque hésitation calculée pour paraître sincère. Sa femme a disparu, a-t-il expliqué.
Trente-quatre ans, envolée sans un mot. Peut-être est-elle partie vers le Nord, vers cette Méditerranée pour atterrir dans l’autre rive.
Les enquêteurs de la police judiciaire l’ont écouté sans rien laisser paraître. Ils ont noté sa déclaration, son numéro de téléphone, et l’ont laissé repartir dans la chaleur de l’après-midi. Mais la nervosité qu’il n’est pas parvenu à masquer et son regard qui a fui un peu trop souvent a retenu leur attention. Et les investigations ont commencé. Les enquêteurs ont ciblé, au départ, le voisinage, au quartier Attaqaddoum, à Benguérir. En effet, plusieurs habitants se sont souvenus d’une dispute violente, qui a éclaté entre le couple, trois jours plus tôt, à savoir le vendredi 14 août, au point que leurs voix avaient traversé les murs de leur petit appartement. Puis plus rien. Un silence épais, presque suspect, a remplacé le tumulte.
Les caméras de surveillance du quartier ont ensuite livré leur témoignage muet. On y a vu le mari, entouré de deux jeunes hommes, en train de charger des meubles dans une voiture. Un déménagement précipité juste après la disparition de son épouse. Pourquoi cette hâte? Que fuyait-il ainsi, avec ces cartons et ces objets arrachés à leur foyer ?
Convoqué une seconde fois, le jeune homme s’est retrouvé face aux images. Cette fois, ses mots n’ont plus suffi à colmater les brèches de son récit. Peu à peu, la façade s’est fissurée, puis s’est effondrée tout à fait. Il a fini par avouer : il avait tué sa femme.
Mais l’horreur ne s’est pas arrêtée là. Après le meurtre, il a découpé le corps et enfermé les restes dans des sacs en plastique, avant de prendre la route vers Sidi Bennour, au douar de son enfance, Ouled Boubker situé à la commune Al-Jabiria. Il connaissait chaque recoin de cette terre familière. Un champ appelé «Al-Kaâa», tout près de la maison de sa famille, est devenu la tombe clandestine de son épouse.
Le mardi 18 août, au matin, les enquêteurs de la police judiciaire de Benguérir se sont rendus sur place, à Sidi Bennour, guidés par le mari lui-même. Les habitants du douar, silencieux, ont regardé le creusage de cette terre qu’ils connaissaient bien. Les sacs ont été exhumés puis transportés vers la morgue de l’hôpital Mohammed V d’El Jadida, où des analyses ont dû confirmer ce que tout le monde redoutait déjà.
L’enquête a peu à peu révélé le fond de cette tragédie. Mariés depuis un an, le couple semblait ordinaire. La jeune femme venait d’un douar voisin, à Sidi Bennour, qui a connu un premier mariage, était enceinte de deux mois. C’est précisément cette grossesse qui a tout fait basculer. Un doute s’est insinué dans l’esprit du mari. Et si cet enfant n’était pas le sien ? Ce soupçon a grandi jusqu’à devenir une obsession dévorante, empoisonnant chaque jour leur vie commune, transformant leur foyer en champ de bataille silencieux. La nuit fatale, la dispute a repris, plus violente que les précédentes. Et cette fois, les mots ont cédé la place aux coups. Des coups qui n’ont pas pardonné.
Les deux jeunes hommes qui l’avaient aidé à transporter le mobilier ont été brièvement placés en garde à vue. Ils ont juré n’avoir rien su, rien soupçonné de ce que cachait réellement ce voyage vers Sidi Bennour. L’un des détails les plus glaçants de cette histoire reste peut-être celui-ci : pendant tout le trajet, l’homme chantait. Comme si de rien n’était. Comme si l’arrière du véhicule ne portait pas le poids d’un secret aussi terrible. Lui aussi les a blanchis. Faute de preuves, les deux compagnons de route ont été relâchés. Le mari, lui, a franchi les portes de la prison en attendant son jugement.










