Détournement de mineure
Partie de chez elle pour une simple visite, une adolescente de seize ans disparaît pendant quarante-huit heures, plongeant sa famille dans l’angoisse. À son retour, son récit de kidnapping s’effondre, révélant une tout autre vérité.
En principe ce jour du mois de mars dernier devait être un jour ordinaire. Comme à son habitude, cette adolescente de seize ans quitte le domicile familial situé à Casablanca, en début d’après-midi, promettant à sa mère de rendre une simple visite à une amie. Rien d’inquiétant, rien qui puisse troubler la quiétude d’un foyer habitué à ses allées et venues réglées. D’ordinaire, elle revient tôt. Mais ce jour-là, les heures passent… et elle ne rentre pas. À mesure que l’après-midi s’étire, l’inquiétude s’installe. Le téléphone reste muet. Les messages demeurent sans réponse. Puis la nuit tombe, lourde et oppressante. Dans la maison, le silence devient insoutenable. Les parents, tenaillés par l’angoisse, imaginent les pires scénarios. Chaque minute semble une éternité. L’idée d’un drame s’impose, brutale et envahissante. Au petit matin, épuisés mais déterminés, ils se rendent aux services de police pour signaler la disparition de leur fille. Une «recherche au profit de la famille» est immédiatement enregistrée. Une enquête est ouverte. Les minutes s’égrènent, puis les heures. Aucun indice, aucune piste concrète. Le vide. Quarante-huit heures plus tard, alors que le désespoir commence à ronger les certitudes, coup de théâtre ! La porte s’ouvre, et la jeune fille apparaît. Elle se précipite dans les bras de sa mère, en pleurs. Avant même que sa maman lui demande ce qui lui est arrivé, elle lâche, entre deux respirations hachées, une phrase qui glace le sang : «Ils m’ont kidnappée».
Sous le choc, la mère ne remet pas ses paroles en question. Mais très vite, la nécessité de comprendre s’impose. Conduite devant les enquêteurs, l’adolescente est invitée à raconter ce qu’elle a vécu. Mais, au fil de son récit, des incohérences surgissent. Les détails ne concordent pas. Le doute s’installe du côté des policiers. Face aux questions de plus en plus précises, son discours vacille. La pression monte. Finalement, la vérité finit par émerger, loin du scénario dramatique initial. D’une voix hésitante, elle avoue avoir entretenu depuis plusieurs mois une relation amoureuse avec un jeune homme de dix-neuf ans. Une relation tenue secrète, nourrie de messages, de rencontres discrètes, et d’un attachement devenu central dans son quotidien. Ce jour-là, poussée par ses sentiments, elle accepte de le suivre jusqu’à son domicile. Là, le temps s’arrête pour elle. Coupée du monde, elle oublie tout : ses parents, leurs inquiétudes, les conséquences de son absence. Pendant deux jours, elle reste auprès de lui. Puis, rattrapée par la réalité et sans doute par la peur de rentrer, elle imagine une histoire de kidnapping pour justifier sa disparition. Les investigations permettent rapidement de localiser le jeune homme. Interpellé par la police, il reconnaît les faits. L’affaire prend alors une tournure judiciaire. Il est présenté devant le parquet général près la Cour d’appel de la capitale économique, poursuivi pour détournement de mineure.









