Faits-Divers

Had Ouled Frej : Derrière un faux enlèvement, un drame glaçant

© D.R

Infanticide
Ce qui n’était au départ qu’un récit d’enlèvement digne d’un fait divers classique s’est peu à peu fissuré sous le poids des contradictions. Derrière l’histoire d’un nourrisson prétendument arraché à sa mère, les enquêteurs ont mis au jour une réalité bien plus sombre, celle d’un infanticide.

L’histoire débute par un mensonge, soigneusement construit, presque crédible. Une jeune mère, encore marquée par les douleurs d’un accouchement récent, se présente, dimanche 5 avril, devant les éléments de la gendarmerie royale de Soualem Trifia relevant de la province de Berrechid. Le visage fermé, la voix tremblante, elle affirme que son nouveau-né de sexe féminin lui a été arraché des bras par deux jeunes hommes. Elle décrit la scène avec précision, évoque la violence, supplie presque pour qu’on la croie. Elle donne des détails, des noms et même l’origine des ravisseurs. Ils viennent, selon elle, d’Ouled Frej. Très vite, l’affaire prend une ampleur inattendue. Un nourrisson disparu, une mère en détresse, des suspects désignés. Mais derrière ce récit en apparence cohérent, les enquêteurs, aguerris, pressentent une faille. Quelque chose ne colle pas. L’expérience leur dicte la prudence. Ils décident de creuser. Le déplacement à Had Ouled Frej ne tarde pas. Sur place, les deux jeunes hommes accusés sont retrouvés. Interrogés avec minutie, ils opposent un démenti catégorique. Aucun signe de panique, aucune hésitation. Leurs déclarations se concordent et leurs emplois du temps se vérifient. Peu à peu, la version de la plaignante s’effrite.

Les enquêteurs reviennent à elle mais cette fois ils durcissent le ton. Les questions deviennent plus précises et plus insistantes. Les détails qu’elle avait livrés se retournent contre elle. Son récit se fissure, ses certitudes vacillent. Le doute s’installe, visible. Puis vient le moment de rupture. Elle s’emmêle les pinceaux et finit par céder. La vérité surgit, brutale. Il n’y a jamais eu d’enlèvement. Dans un aveu chargé de confusion et de peur, la jeune femme reconnaît avoir inventé toute cette histoire. Son enfant, né d’une relation extra-conjugale, il y a une vingtaine de jours, est mort. Elle ne dit pas comment, ni pourquoi. Mais elle avoue l’avoir enterré, seule, dans la cour du domicile familial, comme pour effacer jusqu’à son existence. Guidés par ses indications, les gendarmes se rendent, mardi 7 avril, sur place. Le voisinage, alerté, se rassemble.

Le silence pèse, lourd et presque oppressant. Avec l’appui de chiens spécialisés, les secours fouillent le sol. Quelques instants plus tard, la terre cède. Le petit corps est retrouvé, enfoui dans une fosse. La scène fige les regards. Entre stupeur et incompréhension, les habitants assistent, impuissants, à l’exhumation du nourrisson. Le corps est ensuite conduit vers la morgue. Une autopsie a été effectuée. Et les enquêteurs ont découvert que derrière le mensonge initial, il y a un infanticide. La mise en cause a été placée en garde à vue. Elle sera traduite devant le parquet général près la Cour d’appel de Settat.