Garde à vue
Pensant que le coup d’envoi du match Maroc-Écosse détournerait l’attention de tous, un jeune homme a minutieusement préparé le cambriolage d’une agence bancaire de l’arrondissement Moulay Rachid à Casablanca. Mais un système d’alarme performant et une intervention policière rapide ont mis fin à son audacieux plan.
Le soir de ce vendredi 19 juin, l’avenue Joudar située au quartier Rahma, niché au sein de l’arrondissement de Moulay Rachid, au sud-est de Casablanca, ne s’endormait pas encore. Les rues bordées de villas respiraient une tranquillité presque trop parfaite. C’est justement ce calme, et la faible affluence des passants, qui avaient séduit un jeune homme depuis plusieurs semaines déjà. Il observait, il mesurait et il attendait. Son regard s’était arrêté sur une agence bancaire discrète, et sur sa voisine immédiate : une villa abandonnée, envahie par une végétation dense, parfaite pour se cacher des regards. Le jeune homme avait tout calculé avec une froideur méthodique. Il savait que ce soir-là, à 23 heures précises, le coup d’envoi du match opposant le Maroc à l’Écosse allait happer l’attention de tout le quartier, des riverains aux agents de la police. C’est du moins ce qu’il avait cru. Dans son esprit, ce match était une aubaine : pendant que les Lions de l’Atlas s’élanceraient sur le terrain, lui partira à l’assaut de l’agence. Il s’était équipé d’outils manuels rudimentaires mais efficaces, pensés pour creuser sans bruit, sans hâte, avec la patience de celui qui croit avoir tout son temps. Quand le sifflet de l’arbitre avait retenti, loin de là, dans un stade en liesse, l’homme a grimpé silencieusement le mur de la villa abandonnée.
À l’intérieur, les hautes herbes et les arbustes mal entretenus formaient un écran naturel. Personne ne pouvait le voir. Il s’est mis au travail, creusant méthodiquement à travers la terre humide, traversant un premier mur séparant la villa de l’agence bancaire. La sueur, la poussière, l’excitation sourde de celui qui sent son plan se concrétiser : tout y était. Quelques instants plus tard, une seconde brèche s’est ouverte sous ses coups répétés. Il s’est glissé par l’ouverture et s’est retrouvé, enfin, à l’intérieur de la banque qu’il convoitait depuis si longtemps. Mais ce que le jeune homme n’avait pas anticipé, c’est que la nuit du match n’était pas une nuit comme les autres pour les limiers de la Sûreté nationale dans les quatre coins du pays. Conscients du risque de débordements ou d’incidents pendant la rencontre, les services de la police de Moulay Rachid avaient au contraire renforcé leur dispositif, multipliant les patrouilles dans tout le secteur. L’agence bancaire, de son côté, disposait d’un système de sécurité sophistiqué, bien plus performant que ce que le cambrioleur avait imaginé. À peine avait-il commencé à fouiller dans les bureaux des employés, espérant y trouver de l’argent, que l’alarme s’est déclenchée, stridente, brisant le silence qu’il croyait acquis.
Au même instant, un agent de sécurité, alerté par le vacarme, a donné l’alerte. Une brigade de motards qui patrouillait justement dans les environs a reçu le signal et a foncé vers les lieux. En quelques minutes seulement, les motards ont encerclé le bâtiment. Pris de panique, sentant l’étau se resserrer, le suspect a cherché une issue. Il s’est précipité vers le toit de l’agence, pensant pouvoir y échapper à ses poursuivants ou fuir par les terrasses voisines. Mais les deux motards, sans perdre une seconde, ont demandé du renfort. Les renforts sont arrivés, et une véritable chasse s’est engagée sur les toits, dans la nuit fraîche de ce mois de juin, tandis que la liesse populaire célébrait quelque part la victoire du Maroc. Le jeune homme a couru, s’est faufilé parmi les rebords, a cherché désespérément un angle mort. En vain. Méthodiquement, les policiers ont refermé le piège autour de lui. Acculé et épuisé, il a été maîtrisé et arrêté dans les premières heures de la matinée du samedi 20 juin, alors que la ville se réveillait encore enivrée par la performance des Lions de l’Atlas.
Le mis en cause a été placé en garde à vue avant qu’il soit traduit, lundi 22 juin, devant le parquet général près la Cour d’appel de Casablanca.










