Viol et avortement
Tout a commencé dans une commune rurale de la province de Salé et s’est achevé dans un cabinet médical à Rabat. Entre ces deux lieux, une adolescente a vu son enfance volée, son corps violenté et son traumatisme filmé, avant que le courage d’une mère ne fasse basculer l’affaire devant la justice.
Nous sommes le jeudi 25 décembre 2025. Dans le bureau du parquet général près la Cour d’appel à Rabat, le silence était épais, presque étouffant. Seule la voix tremblante d’une adolescente venait le fissurer, fragile mais déterminée. À ses côtés, sa mère qui laissait couler des larmes silencieuses.
L’histoire avait commencé loin de là, dans la commune rurale d’Essehoul qui relève de la province de Salé. Un jeune homme, âgé de vingt-deux ans, avec des paroles rassurantes, avait gagné la confiance de l’adolescente. Puis tout s’est effondré. La violence, la défloration et la grossesse. En quelques heures, l’enfance s’était brisée. Livrée à la peur et à la honte, l’adolescente était tombée dans les filets d’un second prédateur, plus discret, plus organisé. Une femme, connue dans la région pour son café ambulant, s’était approchée du jeune homme et lui a chuchoté à l’oreille qu’il ne devait pas se soucier de la grossesse de sa petite amie. Il y a une solution, lui a-t-elle assuré. Un gynécologue-obstétricien respecté, à Rabat, va arranger tout sans aucun bruit. Quelques jours plus tard, la fille a franchi la porte d’un cabinet privé feutré, situé à deux pas de l’avenue Mohammed V. Le contraste était brutal : marbre lustré, silence climatisé, odeur d’antiseptique. Rien, en apparence, ne trahissait l’horreur à venir. Le docteur, gynécologue-obstétricien réputé, l’a reçue avec un professionnalisme impeccable. À ses côtés, sa secrétaire, une femme de cinquante-trois ans, et un jeune infirmier de vingt-cinq ans à l’air rassurant complétaient le tableau. Tout semblait normal. Sous les luminaires, l’irréparable a été commis. L’acte, rapide, technique et facturé a effacé une vie dans un silence clinique. Pour eux, ce n’était qu’une procédure. Pour elle, c’était l’abîme. Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Deux autres jeunes hommes, amis du violeur, avaient filmé l’agression initiale. Une vidéo conservée comme une arme. Mais, il y a eu le courage d’une mère. Refusant que le silence enterre sa fille une seconde fois, elle s’est rendue à la gendarmerie royale une fois qu’elle a appris ce qui est arrivé à sa fille. Sa plainte a été précise et irréfutable. Dès lors, la machine judiciaire s’est mise en branle. Sous la supervision du parquet général, une brigade de la gendarmerie a rassemblé les pièces du puzzle : appels téléphoniques, intermédiaires, trajets et transactions. La trajectoire de la victime a mené les enquêteurs vers deux lieux : la chambre du jeune amant et le cabinet du gynécologue. Le jeudi dernier, les sept suspects se sont retrouvés face au parquet général près la Cour d’appel de Rabat. Il s’agit du violeur, jeune et nerveux, qui évitait les regards. À ses côtés, des figures autrefois respectées : le médecin, la secrétaire, l’infirmier, l’entremetteuse, et les deux amis, complices par leur silence et l’enregistrement de l’acte sexuel. Lorsque l’adolescente a pris la parole, le temps semblait suspendu. Sa voix, d’abord hésitante, a gagné en assurance. Elle a tout raconté : les promesses, la violence, la peur, le cabinet médical, le visage du médecin, les gestes précis, les instruments froids. Chaque mot fendait l’air comme une lame. Le docteur a pâli. La secrétaire a baissé les yeux. L’infirmier a détourné le regard. Après cette audition lourde, le parquet général a décidé de saisir le juge d’instruction qui a pris ses premières décisions après l’interrogatoire préliminaire : le violeur a été placé en détention préventive. Les six autres mis en cause ont bénéficié de la liberté provisoire contre le versement d’une caution.









