Braquage
Ils s’étaient rencontrés sur un réseau social, avant de se retrouver pour de vrai et d’imaginer ensemble un braquage digne d’un film. Niqab, gaz lacrymogène et moto en panne : leur plan minutieusement préparé a viré au fiasco en quelques secondes.
L’histoire a commencé loin des rues de Tanger, dans l’univers impalpable des réseaux sociaux. Sur Facebook, un simple échange de messages a suffi pour que deux jeunes gens, originaires de Fès, fassent connaissance. Ce qui n’était au départ qu’une conversation anodine a pourtant pris une tournure inattendue.
Au fil des jours, les messages sont devenus plus fréquents, plus personnels. Une complicité est née entre eux, tissée derrière les écrans, loin des regards. Chacun a découvert l’autre à travers des mots, des photos, des confidences échangées à distance. Cette proximité virtuelle, nourrie par le temps et la confiance naissante, a fini par éveiller le désir de se rencontrer réellement.
Le jour où ils se sont enfin vus en personne a marqué un tournant. La relation, jusque-là confinée à un téléphone, a pris corps dans la réalité. Mais c’est aussi lors de ces retrouvailles qu’a germé une idée bien plus sombre ; celle d’un vol soigneusement planifié. Ensemble, ils ont quitté Fès pour regagner Tanger, portés par un projet commun qu’ils avaient mûri au fil de leurs échanges. En y arrivant, le couple a commencé à mettre en exécution son plan en repérant leur cible, à savoir une bijouterie située aux abords de la place Plaza de Toros. C’est la jeune femme qui s’est chargée du repérage. Elle a rôdé discrètement près de la bijouterie ciblée, observant les horaires d’ouverture, notant les habitudes du commerce, avant de disparaître, patiente, en attendant le moment propice. Son complice, lui, a préparé la suite. Il serait celui qui l’attendrait dehors, prêt à l’emmener loin sur sa moto.
Le jour J est arrivé, mercredi 1er juillet, vers la mi-journée, une silhouette dissimulée sous un niqab s’est glissée derrière l’épouse du bijoutier au moment même où celle-ci ouvrait le rideau. Une cliente comme une autre, en apparence. Elle a demandé à voir plusieurs pièces en or, examinant chaque bijou avec un intérêt feint. Puis, dans l’instant d’inattention qu’elle guettait, ses mains se sont refermées sur deux chaînes et un bracelet. Quand la commerçante a voulu réagir, il était déjà trop tard : un jet de gaz lacrymogène l’a figée sur place, lui brûlant les yeux, la laissant incapable de crier ou de poursuivre. La voleuse a filé vers la sortie, où son complice l’attendait sur sa moto. Mais le destin en a décidé autrement. La moto, qui devait sceller leur fuite, est tombée en panne à l’instant crucial. Le vrombissement espéré s’est transformé en silence gênant. Des passants, alertés par les cris, se sont précipités et ont maîtrisé le jeune homme avant qu’il ne puisse s’échapper. La jeune femme, elle, a profité de la confusion pour s’évaporer dans les ruelles environnantes.
La police n’a pas tardé à intervenir. Le complice a été immédiatement menotté et conduit au commissariat du 10ème arrondissement de police, mais l’identité de la jeune femme au niqab est restée un mystère. Les enquêteurs de la police judiciaire de Tanger se sont alors tournés vers les caméras de surveillance, décortiquant chaque image, chaque geste, chaque détail vestimentaire. Le fil s’est dénoué peu à peu. Grâce aux vidéos, les enquêteurs sont parvenus à l’identifier. Et une souricière lui a été tendue, soigneusement orchestrée après l’arrestation de son complice pour qu’elle finisse par tomber dans le filet.
Une perquisition effectuée sur le domicile que ce couple avait loué a permis aux enquêteurs de mettre la main sur le butin ; deux chaînes et un bracelet tous en or qui ont été restitués au bijoutier. En effet, l’enquête policière a révélé que dans la vie de tous les jours, cette jeune voleuse n’a jamais porté le niqab. Elle l’a choisi ce jour-là pour la seule raison de se rendre méconnaissable aux yeux des caméras et brouiller les pistes.
Après l’achèvement de la durée de la garde à vue, le couple a été traduit devant le parquet général près la Cour d’appel de la capitale du détroit ; il sera ensuite mis entre les mains du juge d’instruction.









