Escroquerie
Il promettait des emplois, des miracles et des raccourcis vers le bonheur, contre quelques billets glissés en silence. Mais derrière ses mots rassurants se cachait un piège bien rodé. Pour la troisième fois, la justice a rattrapé cet homme qui faisait commerce de l’espoir des autres.
Il se présentait toujours de la même manière : costume correct, voix douce, regard assuré. Dans les cafés du quartier ou devant les portes des administrations, il repérait ceux dont l’inquiétude se lisait sur le visage. Des parents fatigués par l’attente, des jeunes pressés d’en finir avec le chômage, des hommes prêts à tout pour sauver un fils enfermé derrière les barreaux. À chacun, il murmurait des promesses : un poste assuré, un dossier qui avancerait vite, une porte qui s’ouvrirait comme par miracle. Il appelait cela des «services». Eux appelaient cela l’espoir.
À quarante-et-un ans, père de deux enfants, il connaissait par cœur le rituel des tribunaux. Ce n’était pas sa première comparution, ni la deuxième. Quinze ans plus tôt, il avait déjà goûté aux murs froids de la prison pour le même motif, à savoir l’escroquerie. Dix-huit mois de détention, puis une sortie anticipée grâce à une grâce royale. Il y était retourné pour un an. Et pourtant, à peine libre, il avait recommencé, comme si la leçon n’avait jamais été apprise. L’argent facile restait son seul objectif.
Ce jour-là, devant le juge, il se tient droit, mains jointes, visage sérieux. Il lui explique qu’il s’est repenti, qu’il n’a jamais connu les plaignants et qu’il ne les a jamais vus. Il dit regretter son passé, jure qu’il n’a rien à voir avec les accusations. Le magistrat l’observe en silence, puis lui lance une question simple : lui arrive-t-il de penser à ses deux enfants, qui grandissent loin de lui pendant qu’il passe ses années derrière les barreaux ? Il baisse les yeux sans répondre.
Dans la salle d’audience, huit personnes attendent. Huit regards qui ne doutent plus. La première à parler est une jeune mère. Elle raconte comment on lui a promis un emploi pour son fils fraîchement diplômé, contre quinze mille dirhams. Elle a payé, au comptant, convaincue d’offrir un avenir à son enfant. Un autre homme explique comment il avait été dépouillé avec la promesse d’un départ vers un pays rêvé. Un troisième avoue avoir emprunté de l’argent pour aider son fils emprisonné, persuadé que l’intervention de cet homme ferait pencher la balance de la justice. Les montants varient, mais l’histoire restait la même : des billets remis contre des mots, des mots envolés comme de la poussière.
Arrêté chez lui, il avait été conduit devant la justice, à la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Casablanca. Face aux témoignages, ses dénégations perdaient de leur poids. Les victimes parlaient, une à une, et chaque récit ajoutait une pierre à l’édifice de sa culpabilité. À la fin, le silence est tombé dans la salle d’audience.
Le verdict a été bref : trois ans de prison ferme.









