Faits-Divers

Un meurtre vieux de vingt ans refait surface à Azilal

© D.R

Mystère
Depuis vingt ans, un secret dormait sous la terre d’un douar tranquille de la province d’Azilal. Vingt ans durant lesquels une famille a vécu avec un mensonge tapi juste sous ses pieds, à quelques mètres de la porte de leur maison. Il aura fallu une dispute, une simple querelle familiale qui a mal tourné, pour que la terre rende enfin son secret.

Depuis vingt ans, le douar Aït Chiguer dans la commune rurale Ouaouizeght, province d’Azilal, vivait avec une question sans réponse. En 2006, un jeune homme né en 1982 avait disparu, et personne, dans cette communauté soudée où chaque famille connaît sa voisine, n’avait pu dire ce qu’il était devenu. Sa famille, rongée par l’incertitude, avait fini par solliciter l’émission «Mokhtafoun» (Disparus), diffusée sur la deuxième chaîne marocaine, dans l’espoir qu’une image diffusée à l’antenne ramènerait un jour une réponse. Les années se sont écoulées. L’espoir s’est évaporé. Mais personne n’imaginait que la vérité dormait à quelques mètres seulement du foyer familial du voisin.
Tout a basculé mardi 8 septembre, presque par hasard. Ce jour-là, une dispute familiale éclate chez ce voisin. Le jeune homme, pris d’une agitation hystérique, s’en prend violemment à sa propre mère puis à ses sœurs. Les cris alertent le voisinage, qui n’hésite pas à composer le numéro de la Gendarmerie royale. Une patrouille du centre territorial se déplace rapidement sur les lieux pour ramener le calme et comprendre l’origine de cette explosion de violence.

C’est là, dans le cadre de cette interpellation pour un simple différend familial, que le fil se déroule de façon inattendue. Devant les limiers de la Gendarmerie royale, le jeune homme craque. Ce n’est plus seulement d’une querelle domestique qu’il parle, mais d’un secret vieux de vingt ans. Il avoue : lui et son père, aujourd’hui décédé, sont responsables de la mort de leur voisin disparu en 2006. Le corps n’a jamais quitté le douar. Il a été enterré en catimini, tout près de la maison familiale, et depuis deux décennies, toute la famille savait et s’était tue.
Sous le choc de cette révélation, les gendarmes demandent au jeune homme de les conduire lui-même sur les lieux. Il obtempère. Non loin du domicile, à l’endroit qu’il désigne, les équipes spécialisées de la gendarmerie judiciaire, technique et scientifique, appuyées par la Protection civile, entament des fouilles. La terre, longtemps silencieuse, livre enfin ce qu’elle dissimulait : des ossements, des restes humains, enterrés depuis vingt années.
Les fragments sont recueillis avec précaution et transférés vers la morgue du Centre hospitalier régional Mohammed VI de Béni Mellal, où des experts en médecine légale prennent le relais pour tenter de confirmer ce que tout le monde soupçonnait déjà : que ces os sont bien ceux du jeune homme porté disparu depuis 2006, celui-là même dont la photo avait été diffusée, des années plus tôt, dans l’espoir vain de le retrouver vivant.
Au douar, c’est la stupeur. Comment une famille entière a-t-elle pu vivre, pendant vingt ans, à quelques pas d’une tombe clandestine, en croisant chaque jour les proches de la victime, sans jamais parler? Plusieurs membres de la famille du suspect sont conduits à leur tour pour être interrogés, la justice cherchant à reconstituer l’ensemble des circonstances de ce dossier resté enseveli si longtemps.
Le procureur général du Roi près la Cour d’appel de Béni Mellal a ordonné d’approfondir les investigations.

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