Faits-Divers

Un trésor imaginaire qui coûte cher à un commerçant

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Escroquerie
Derrière la promesse d’un trésor enfoui depuis des siècles se cachait une escroquerie minutieusement préparée, reposant sur la crédulité de la victime attirée par la perspective d’une richesse facile.

À Imintanoute, un commerçant d’une cinquantaine d’années avait l’habitude de consacrer ses vendredis à la prière et à la lecture du Coran. Une routine religieuse à laquelle il tenait particulièrement et qui rythmait sa journée, jusqu’à ce qu’une visite inattendue soit venue bouleverser sa tranquillité.
Ce vendredi-là, alors qu’il était plongé dans la lecture du livre sacré, le Saint Coran, un homme d’une quarantaine d’années, vêtu d’une djellaba et chaussé de babouches, s’est présenté à son domicile. Pensant qu’il s’agissait d’un ancien ami qu’il n’avait plus vu depuis longtemps, le commerçant est sorti pour l’accueillir. Mais le visiteur était un parfait inconnu. L’homme s’est présenté à lui comme un fkih et a rapidement gagné la confiance du commerçant en lui faisant miroiter une découverte extraordinaire.

Il prétendait détenir une écriture et un dessin transmis par un autre fkih installé à Tiznit. Selon lui, ces documents indiquaient l’emplacement d’un trésor enfoui depuis plus d’un millénaire dans la chambre du commerçant. La fortune annoncée avait de quoi faire tourner les têtes : plus d’une centaine de kilos d’or et plus de deux cents perles seraient cachés sous terre, sous la surveillance d’un prétendu djinn. Le visiteur affirmait disposer des connaissances nécessaires pour permettre l’exhumation du trésor, à condition de procéder à des rites particuliers et de partager ensuite le butin entre les différents protagonistes. Convaincu par ce récit, le commerçant a invité son visiteur à déjeuner après la prière du vendredi. Le lendemain, celui-ci est revenu accompagné d’un second homme présenté comme le détenteur des connaissances indispensables à l’opération.

Les deux individus ont alors été conduits dans la maison, puis jusqu’à la chambre censée abriter le fabuleux trésor. Une première séance de prétendus rituels a rapidement commencé. Mais, au bout d’un court moment, les deux hommes ont expliqué qu’une condition supplémentaire devait être remplie : la présence d’un enfant considéré comme «zouhri», auquel ils attribuaient un rôle particulier dans leurs pratiques occultes. Ils ont également prétendu que le djinn chargé de garder le trésor exigeait certains produits, dont le coût s’élevait à 20.000 dirhams. Le commerçant, toujours persuadé qu’il était à deux doigts de mettre la main sur une immense fortune, leur a remis la somme demandée. Un nouveau rendez-vous a alors été fixé quelques jours plus tard.
Le jour convenu, les deux prétendus fkihs sont revenus, cette fois accompagnés d’un enfant âgé de cinq ans. Après avoir fermé son commerce, le commerçant les a conduits chez lui. Les deux hommes lui ont ensuite demandé de rester à l’extérieur de la chambre pendant qu’ils poursuivaient leurs prétendus rites. La scène qui se déroulait derrière la porte a cependant commencé à inquiéter sérieusement le commerçant.

Les deux hommes évoquaient notamment une prétendue nécessité de prélever quelques gouttes de sang sur le doigt de l’enfant. Des psalmodies et des récitations de versets coraniques se sont fait entendre, suivies des cris stridents de l’enfant. Le commerçant, de plus en plus inquiet, a attendu pendant près de deux heures avant de voir réapparaître les deux hommes. Ceux-ci ont alors trouvé une nouvelle explication à l’échec de l’opération. Le prétendu djinn a exigé un encens particulier devant être acheminé depuis l’Inde. La nouvelle exigence financière s’élevait cette fois à 100.000 dirhams. Toujours sous l’emprise de la promesse d’un trésor gigantesque, le commerçant leur a remis cette nouvelle somme le lendemain. Les deux escrocs lui ont ensuite promis de revenir deux semaines plus tard, le temps nécessaire, selon leur scénario, pour faire parvenir l’encens depuis l’Inde. Mais cette fois, le trésor tant convoité s’est définitivement transformé en mirage. Les deux hommes ont cessé de donner signe de vie, emportant avec eux une importante somme d’argent. Après plusieurs semaines d’attente, le commerçant a finalement raconté toute l’affaire à ses enfants. Ces derniers l’ont convaincu de se rendre à la Gendarmerie royale pour déposer plainte.

L’enquête a finalement permis d’identifier et d’interpeller les deux suspects, un mois plus tard, alors qu’ils s’apprêtaient à reproduire le même stratagème avec une autre victime. L’enquête a également permis de lever le voile sur le rôle de l’enfant. Celui-ci n’était pas lié aux pratiques prétendument mystiques des deux hommes. Il leur était confié temporairement par une femme en échange de 300 dirhams pour chaque opération menée à son terme.