Faits-Divers

Une tentative d’émigration clandestine déjouée à l’aéroport Mohammed V

© D.R

Réseau
Un réseau structuré, ayant opéré entre le Mali et le Maroc, ayant utilisé l’aéroport Mohammed V comme point de bascule vers l’Europe, et n’ayant pas hésité à instrumentaliser des enfants pour donner à ces départs une apparence familiale, plus rassurante aux yeux des contrôles. Un montage que la vigilance d’un simple regard, posé sur un document, a suffi à faire s’effondrer.

Elle portait deux enfants qui n’étaient pas les siens. Autour d’elle, le hall du terminal, à l’aéroport international Mohammed V, à Casablanca, résonnait de l’agitation habituelle des grands départs. Elle est venue d’Afrique subsaharienne, et derrière son calme apparent s’est cachée une mécanique bien huilée, pensée à des milliers de kilomètres de là, au Mali, par des hommes qu’elle n’avait jamais rencontrés en personne.
Tout a commencé quelques jours plus tôt. En quittant le Mali pour Casablanca, elle a reçu deux enfants des mains des membres du réseau. Aucun lien de sang ne les unissait. On lui a simplement promis qu’à son arrivée, quelqu’un s’occuperait de tout : les papiers, les visas Schengen, la suite du voyage. Elle a patienté trois jours dans la capitale économique, sans savoir précisément ce qui l’attendait, jusqu’à ce que le téléphone ait sonné. À l’autre bout du fil, le chef du réseau, resté au Mali, lui a donné ses instructions : se rendre à l’aéroport Mohammed V avec les deux enfants. Un billet l’attendait, à destination de Dakar. C’était une façade. Une simple couverture destinée à endormir la vigilance des contrôles. Car le vrai plan, lui, visait beaucoup plus loin : l’Espagne.

À l’aéroport, comme promis, un homme l’a attendue. Il lui a glissé une liasse de documents. Un passeport, un visa Schengen et un nouveau billet d’avion. La combine était rodée, les membres du réseau l’avaient déjà répétée à plusieurs reprises. Ils ont réservé un vol vers un pays africain pour ne pas éveiller les soupçons au départ, puis, une fois sur place, ont remis au candidat à l’émigration de faux papiers européens. Il ne restait alors qu’à changer de porte d’embarquement, à quitter discrètement la file pour l’Afrique et à rejoindre celle de l’Europe, celle de l’Espagne. Mais cette fois, le stratagème s’est heurté à un obstacle qu’aucun faussaire n’avait prévu. L’œil exercé des agents du contrôle des passeports. Quelque chose a cloché dans les documents. Une texture, un détail, une incohérence. La femme a été interpellée sur-le-champ, les deux enfants avec elle. Face aux enquêteurs, elle n’a rien nié de l’essentiel. Elle a tout raconté : le Mali, les enfants confiés par le réseau, l’appel téléphonique, le rendez-vous à l’aéroport. Et surtout, elle a décrit l’homme qui lui avait remis les faux documents. Cela a marqué le début d’une traque plus discrète, menée cette fois dans les couloirs techniques de l’aéroport. Les enquêteurs se sont penchés sur les heures d’enregistrements des caméras de surveillance, cherchant un visage, une silhouette, un geste. Peu à peu, l’homme a émergé des images. Son identité a été établie, puis son arrestation a été ordonnée. Il s’agit d’un Français d’origine malienne. Interrogé, il a changé de version. Non, il n’a pas connu la femme. Non, ce n’est pas lui qui lui a remis les documents falsifiés. Il a seulement concédé l’avoir croisée dans l’espace fumeurs de l’aéroport, avoir échangé quelques mots avec elle, une cigarette à la main, après tout, ils venaient du même pays. Un hasard, selon lui. Une coïncidence sans conséquence.

Les enquêteurs, eux, ont vu les choses autrement. Il s’est retrouvé placé en garde à vue, poursuivi pour faux et usage de faux, tandis que la femme, après avoir coopéré, a été laissée en liberté provisoire en attendant son procès.

Lire votre journal

EDITO

Couverture

Nos suppléments spéciaux

Articles les plus lus