Dans les rues, dans les cafés… dans les maisons aussi, chacun va de son commentaire : «si nous sommes arnaqués, c’est l’Etat qui est le premier responsable» s’insurge un jeune. Un témoignage qui illustre parfaitement les désarrois de presque environ 80 diplômés d’Azrou dont les dossiers ont été acceptés par la société Al NAJAT.
Issus pour leur majorité de familles très pauvres, «les jeunes du Titanic» (c’est en ces termes qu’on les surnomme à Azrou en référence au paquebot qui a coulé), ont misé gros sur cette chance de sortir de l’ornière du chômage et de l’oisiveté. Leurs familles aussi. «j’ai été obligé de vendre ma télévision pour pouvoir payer les analyses médicales et les coûteux allers et retours entre Azrou, Meknes et Casablanca.» nous explique un commerçant de la place. Et si cet emploi s’avère une arnaque ? lui demande – t- on. « je ne peux pas l’admettre car c’est le seul espoir qui me reste. D’autant plus que les responsables de l’ANAPEC nous ont confirmé le sérieux de l’opération. Ça sera dur pour moi, je peux vous avouer que je suis à moitié mort». «Mais que fait le gouvernement pour nous éclairer ?», s’interroge notre interlocuteur indigné. A Azrou, ils sont nombreux qui ont dû se saigner à blanc pour ramasser l’argent nécessaire. Les interrogations aussi fusent de partout depuis que la presse a dévoilé les dessous de cette arnaque. Malgré la déprime qui les gangrène, ces jeunes chômeurs s’accrochent toujours au rêve d’être embauché. Mais ils restent alertes : «si nous coulons, nous ne serons pas seuls.» Sans le dire, beaucoup de ces malheureux indexent aujourd’hui des responsables politiques et autres intermédiaires qui auraient balisé le terrain aux arnaqueurs.
Dans la rue, les militants d’un parti politique au gouvernement, donnent l’impression aujourd’hui d’être embarrassés par le tournure prise par cette affaire dont l’effet boomerang risque d’être néfaste. «Après avoir sauté sur cette affaire au début; en distribuant notamment des formulaires sous le manteau, ils essayent maintenant de tirer leurs épingles du jeu». Mais, insiste-t-on, les Azriouis ne sont pas dupes. Et les victimes ne comptent pas pardonner à ceux qui ont favorisé le développement de ce cloaque mafieux.
• Mohamed Ezzine Correspondance régionale









