La naissance du Mouvement populaire (MP), en 1958, juste après la promulgation, par feu Sa Majesté Mohammed V, du Dahir sur les libertés publiques, répondait à un double souci. D’abord, instaurer le multipartisme, face à la domination de l’échiquier politique de l’époque par le seul Parti de l’Istiqlal, avec ses ténors… Mais la création du MP répondait surtout à la nécessité de créer un garde-fou, une assise politique, alternative au seul choix politique et aux gourmandises inavouées des uns et des autres. C’est l’illusion de l’importance de ce rôle, qui ne se justifie plus aujourd’hui, que ses leaders continuent à semer.
La nouvelle structure a élu domicile, volontairement, dans le milieu rural, perméable à toutes les manipulations et dérisions. Son principal fondateur, Mahjoubi Aherdane, aura marqué d’une empreinte indélébile presque tout le périple du mouvement. Ses pratiques aussi. Des plus scandaleuses. Avec l’exercice de la paternité politique, le chef agit comme dans un règne animal, l’intelligence humaine est insultée. On se comporte avec les nouvelles recrues en tuteurs populistes qui peuvent faire l’heur ou le malheur. En fonction de l’attitude de dévouement au chef. C’est la féodalité politique dans tous ses sens. Normal que son histoire soit secouée de révoltes et que des segmentations ponctuent, régulièrement, son chemin. Pas moins de quatre scissions. Du MPDC à l’UD de Ikken, en passant par le MNP et le MDS de Mahmoud Archane.
D’ailleurs, les cinq segments, issus de la mouvance populaire, ont gardé les réflexes du passé. Les perpétuelles dissensions internes, les combats entre chefs et seconds coûteaux qui deviennent, au fil des ans, plus prétentieux, sont légion.
L’histoire aura retenu que ce mouvement fut parmi ceux qui ont introduit et favorisé la fraude électorale. Cela continue de plus belle. Avec le MP ou le MNP ou autre MDS ou encore UD quelle différence ?
La galaxie populaire, toutes tendances confondues et quelle que soit la dénomination, continue à être ce qu’elle n’a jamais cessé : un mouvement sans activité, autre qu’électorale, trop loin des bases qu’elle prétend représenter, avec des références «idéologiques» généralistes et sans aucune originalité qui la dinstingue. Une même terminologie, en matière d’attachement aux institutions, de valeurs de progrès (droits de l’homme, multipartisme, droits de la femme et de la jeunesse, Etat de droit et de justice, etc.). Ses structures ont été de tout temps sclérosées et sans liens apparents avec l’assise populaire proclamée. Un parti miné et paralysé par des rivalités personnelles et par la mainmise du leader historique (ou du moment) sur la l’appareil. Le règne sans partage, notamment des postes de responsabilité, combiné aux ambitions personnelles, mettent les chefs sous la menace de frondes et de contestations permanentes.
Au-delà des tentatives de modernisation prônées par le MP (le MNP, lui, demeure trop archaïque), il reste prisonnier du passé. Ce qui fait toujours de lui l’un des refuges privilégiés pour la majorité des transfuges, un nid à tous les «fugitifs», une basse- cour pour les migrateurs et les fraudeurs en puissance. Cette anomalie s’inscrit en faux contre les discours sur la réhabilitation de la vie politique, et le MP n’hésite pas à l’accentuer, en acceptant n’importe quel «voyou» politique. L’essentiel est de décrocher des sièges. Peu importe la manière. C’est ce qui finira, à la longue, par tuer l’engagement partisan et détourner la jeunesse de la chose politique. Le Maroc d’aujourd’hui n’a plus besoin de tout cela.









