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Cadrage : Sécurité et opprobre

La sécurité des biens et des personnes fait partie des fonctions régaliennes que l’Etat doit assumer. Cela doit se faire dans le respect de ses propres lois ainsi que des dispositions pertinentes du droit international.
Ce travail de sécurité induit, parfois, le recours à des actions préventives tellement secrètes, complexes et incompréhensibles pour le commun des mortels qu’elles provoquent des levées de boucliers.
Le garde-fou consiste à faire superviser cette action par la justice ; ce qui induit un certain nombre de conditions objectives, telles que l’indépendance de la magistrature par rapport aux pouvoirs exécutif et législatif, l’intégrité, l’impartialité, etc.
Dans ce sens, les magistrats doivent régler les affaires dont ils sont saisis impartialement, d’après les faits et conformément à la loi, sans restrictions et sans être l’objet d’influences, incitations, pressions, menaces ou interventions indues.
Ils doivent également faire montre de suffisamment de célérité pour permettre aux différents services de sécurité de s’acquitter de leurs tâches. Particulièrement quand il s’agit de cas de présomption de crimes ou de délits attentatoires à la quiétude des citoyens et à la stabilité du pays.
Les récentes arrestations opérées parmi les barons de la drogue et les sécuritaires entrent-elles dans ce cadre ?
Sans nul doute. Leur gravité vient du fait que leurs auteurs ont servi de tête de pont à une vaste opération de déstabilisation où les revenus du trafic de stupéfiants ont servi à corrompre des commis de l’Etat pour qu’ils ferment l’œil sur des opérations dont l’une des conséquences aurait consisté en la décrédibilisation de ce bras séculier de l’Etat que sont ses propres services de sécurité. Directement ou indirectement, elles auraient pu alimenter les rangs ou les caisses du terrorisme intégriste et, partant, nuire au projet de société démocratique et moderniste en cours d’édification.
Quoi donc de plus normal que des mesures aient été prises pour y mettre le holà .
Ce qui semble l’être moins, c’est que les arrestations opérées l’aient été sur simples dénonciations de certains trafiquants de drogue dont l’image et le parcours ne semblent pas être conformes à ceux qui en ont été officiellement dressés. Que vaut cette parole délatrice ?
Pis, les fonctionnaires arrêtés ont vite été suspendus de leurs fonctions et emprisonnés. D’où une présomption de culpabilité qui, bien que conforme aux procédures, ne l’est pas au regard de l’esprit des lois en vigueur. En effet, même si la justice en disculpera quelques-uns, ce qui est une éventualité très probable, ils en garderont d’indélébiles stigmates. Coupables, ils ont été présumés lors des premiers pas de l’enquête, dans l’opinion publique, ils risquent de le demeurer. Les aveux de leurs délateurs sont-ils tellement crédibles avoir initié pareil opprobre ? 

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