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Casablanca défie le terrorisme

Les manifestants qui ont participé à la marche de Casablanca à laquelle ont appelé les partis de la majorité parlementaire ont atteint deux millions de personnes, selon des responsables chargés de l’organisation de cette manifestation. Un nombre qui a été confirmé par la première chaîne de télévision marocaine.
Mais, au-delà de la querelle des chiffres qui accompagne généralement l’évaluation de ce genre d’événement, il n’en demeure pas moins important de souligner qu’il s’agit, à n’en pas douter, de la première marche du Maroc, en termes de participation.
Les manifestants n’ont cessé d’affluer sur les sites de la marche de Casablanca, qui avait démarré à 09H10 GMT devant l’hôtel Farah, l’une des cinq cibles des attentats terroristes du 16 mai, et qui a duré plus de trois heures. Les participants à cette marche, à laquelle les islamistes n’ont pas pris part, sont venus de toutes les régions du Royaume pour dire «Non» au terrorisme et crier leur colère contre toutes les formes de violence.
Ce défilé, qui a longé le boulevard des FAR, la place des Nations unies et l’Avenue Hassan II avant d’atteindre la place Hassan II, devant l’Hôtel Holiday Inn où il s’est dispersé, a été marqué par l’absence de deux genres d’acteurs politiques. D’une part, les Islamistes radicaux qui ont été privés d’y participer, alors que certains d’entre eux ont été empêchés par les forces de l’ordre de rejoindre la manifestation, pour ne pas attirer la colère des manifestants à leurs égards. Le Parti de la Justice et du Développement avait manifesté sa volonté de participer à la marche, mais l’USFP a décliné fermement sa demande. L’association Al Adl Wal Ihssane et d’autres courants islamistes se sont contentés de publier des communiqués condamnant le terrorisme et appelant à l’élargissement des espaces de libertés.
Au début de la marche, une dizaine d’islamistes se sont réunis à la place Mirabeau et ont tenté d’inciter les citoyens à boycotter cet événement, mais leur appel n’a eu aucun écho.
D’autre part, les courants du Congrès national Ittihadi (CNI), le Parti de l’Avant-garde démocratique et socialiste (PADS), l’Association «Fidélité à la démocratie» et Annahj addimocrati (La voie démocratique) ont officiellement boycotté la marche, et ce, même si leurs cadres et une bonne partie de leurs éléments de base y ont participé. Les raisons qui ont amené ces derniers à agir de la sorte résident dans le fait d’avoir appelé à une autre marche à la même heure et à la même date de la manifestation à laquelle ont appelé les partis de la majorité parlementaire. Certains dirigeants avancent à ce sujet qu’ils étaient les premiers à avoir appelé à cette manifestation, mais les partis de la majorité, ajoutent-ils, ont squatté leur initiative.
Ayant atteint leur comble, les susceptibilités subjectives se sont traduites en position de boycott et d’auto exclusion.
Brandissant le drapeau national et des banderoles sur lesquelles on pouvait lire notamment «Non au terrorisme», «Touche pas à mon pays » et des photos des victimes des attentats, les marcheurs ont entonné l’hymne national et scandé avec ferveur «Nous sommes tous contre le terrorisme» et «Mort à l’ennemi, le roi a un peuple».
Lors de cette marche, qui a été retransmise en direct par les deux chaînes de télévision, la Télévision Marocaine (TVM) et 2M, et durant laquelle plusieurs acteurs politiques et associatifs ont été invités à prendre la parole et à condamner le terrorisme, les Marocains ont donné la preuve de leur maturité et de leur ferme attachement aux principes de paix et de coexistence qui ont toujours prévalu au Maroc. Les slogans dénonçant la haine et la violence étaient entrecoupés par l’hymne national entonné à l’unisson par les groupes des manifestants. Moment fort émouvant de cette marche pacifique le passage des familles des victimes qui, même meurtries dans leur chair, ont tenu à faire acte non seulement de présence, mais plus encore de détermination à lutter contre la violence et décapiter le terrorisme.