Christopher Ross entamera au Maroc dans le courant de la semaine prochaine sa première tournée maghrébine depuis sa nomination le 7 janvier nouvel envoyé des Nations Unies au Sahara. Pour cette première tournée, le diplomate américain aura la lourde tâche de concilier entre les positions des parties au conflit en perspective du 5ème round de négociations prévu au mois d’avril prochain. L’Algérie, comme à l’accoutumée, s’est empressée à sortir ses «griffes» en essayant de poser des conditions à la visite du nouvel émissaire onusien prévue dans les camps de Tindouf. Des sources diplomatiques ont annoncé à ALM que les autorités d’Alger avaient envoyé au SG de l’ONU un «pavé» d’une vingtaine de pages dans lequel elles exigent la limitation de la visite de Christopher Ross aux dirigeants, et seulement aux dirigeants, du front Polisario.
Une nouvelle preuve du black-out qu’Alger veut maintenir sur la situation dans les camps de Tindouf, en proie ces derniers jours à une nouvelle vague d’arrestations. Une dizaine de militants du Réseau de lutte contre l’esclavagisme ont été appréhendés mardi dernier, marquant le début d’un nouveau cycle de répression contre les opposants à la direction du Polisario. Là, bien évidemment, est une autre question. L’ordre du jour de la visite de Christopher est assez chargé pour évoquer avec les dirigeants du Polisario une problématique qui n’est un secret pour personne, soit la violation méthodique des droits de l’Homme dans les camps. Le problème qui se posera au déplacement de Christopher Ross du côté des camps de Tindouf sera notamment l’obstruction que le Polisario tentera de faire aux efforts de relance du processus de Manhasset. Le front séparatiste continue, envers et contre l’avis de la communauté internationale, d’exiger ce qu’il appelle «une nouvelle plate-forme de négociations». Après autant d’efforts déployés par le Maroc, qualifiés de «sérieux» et de «crédibles» par le Conseil de sécurité, couronnés par la présentation de l’Initiative marocaine pour la négociation d’un statut d’autonomie au Sahara, à l’origine du processus de Manhasset, le Polisario cherche aujourd’hui à faire une table rase de l’offre marocaine. Le Polisario a-t-il une alternative à l’incontournable proposition marocaine ?
La pseudo- proposition que le Polisario a présentée, à la veille du lancement du processus de Manhasset en 2007, a été déclarée, et pas vraiment à tort, nulle et non avenue. Elle ne comporte aucun nouvel élément, si n’est un fatras de stéréotypes fossilisés et dégageant une odeur de nostalgie de la belle époque de guerre froide. La solution d’autonomie est le seul élément nouveau sur la table des négociations. C’est sur cette solution que les trois résolutions du Conseil de sécurité, 1754, 1783 et 1813, ont d’ailleurs insisté. La tentative du Polisario de contourner l’incontournable est vouée à l’échec. Il faut juste rappeler que le SG de l’ONU a déclaré, lors de la dernière session ordinaire de l’Union africaine (UA), que les négociations reprendront sur la base de la résolution 1813. Il faut également rappeler que Madrid a récemment déclaré, par la voie de son ministre des Affaires étrangères, Angel Miguel Moratinos, que l’on ne pouvait accepter de remettre le compteur à zéro.
Le Polisario, et avec lui l’Algérie, sont renvoyés dos à dos, tant et si bien qu’ils ne savent plus à quel saint se vouer.
Le retour en force du Maroc sur la scène africaine, ajouté à sa présence renforcée dans la citadelle latino-américaine, a contribué à aggraver l’isolement de la partie adverse. L’idée avancée par SM le Roi de mettre en place un système de régionalisation avancée et graduelle incluant les provinces sahariennes a fait le reste.
A l’agitation médiatico-politicienne à laquelle se livre l’Algérie, le Maroc oppose l’agitation des idées. A la faveur de la tournée maghrébine de Christopher Ross, les idées marocaines constitueront la base principale du rapport que le nouveau médiateur aura à présenter fin avril 2009 au Conseil de sécurité. Le départ de l’ex-médiateur onusien, Peter van Walsum, n’implique pas une renonciation à ses conclusions. Les hommes partent, mais les idées restent. Et ce sont ces idées qui vont éclairer le chemin de Manhasset vers une solution négociée à l’un des plus vieux conflit au monde, qui a causé autant de drames inutiles. Le faux conflit autour du Sahara marocain.










