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Débat sur les fatwas : Ahmed Toufiq durcit le ton

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Anarchie, les festivals de fatwas se multiplient. Elles peuvent être bizarres,  anecdotiques, parfois provocatrices menaçant la cohésion de la société. L’on a tout vu, tout entendu. Que ce soit à travers les chaînes satellitaires étrangères, le Net ou tout autre support médiatique. Elles peuvent provenir d’Orient, d’ouléma qui n’appartiennent pas au même rite religieux adopté par le Maroc. Elles sont parfois l’œuvre de fkih de mouvements islamistes locaux, plus au moins radicaux. Aussi, des semblants de fatwas émanent régulièrement d’ouléma marocains souvent subversifs qui bénéficient d’une popularité et d’une proximité hors pair auprès des Marocains. Mais qu’est-ce qu’une fatwa et comment distinguer entre une crédible et une autre qui ne l’est pas? Afin de rappeler tout le monde à l’ordre, le ministre des habous et des affaires islamiques a tenu à souligner, lundi 30 avril, que toute fatwa qui n’est pas émise par l’institution concernée, en l’occurrence le Conseil supérieur des ouléma, n’est qu’une simple opinion (voir encadré P5). Pour Abdellah Guedira, président du Conseil local des ouléma de Rabat, émettre une fatwa est semblable à l’acte de légiférer, une fatwa ne doit donc pas être prononcée par quiconque. Le mufti doit répondre à un certain nombre de conditions, notamment la connaissance parfaite et profonde de l’Islam et des principes du rite malékite. Aussi connaître d’une manière exhaustive l’exégèse du Coran et de la Sunna, maîtriser la langue arabe, être un bon pratiquant et suffisamment doué et intelligent pour transmettre un savoir qui sert la société, préserve son identité, sa spécificité religieuse et veille à la stabilité du pays. Mais pourquoi donc les Marocains ne s’astreignent-ils pas à ces consignes? Pour certains observateurs, la raison en est le vide, le silence, le manque de proximité  et l’absence sur le terrain du  Conseil supérieur des ouléma. C’est ce qui fait que les Marocains qui s’interrogent au sujet de leur foi sont réceptifs à tous ces faisceaux d’informations religieuses venues de toutes parts parfois par des gens jugés non aptes. C’est entre autres l’avis d’Abdelbari Zemzmi, alem connu pour ses fatwas à caractère sexuel et qui ont fait scandale jusqu’en Égypte (voir entretien P5). Selon lui, «il est impossible d’arrêter ce foisonnement de fatwas dans un contexte social où la soif de connaissance religieuse se satisfait facilement par la multiplication et la diversité des moyens de communication». Mais pour Abdellah Guedira, président du Conseil local des ouléma de Rabat, il n’est aucunement question de vide. «Il faut savoir qu’il y a dans chaque ville du Royaume un conseil local à qui s’adressent chaque jour plusieurs personnes en besoin de consultations autour de leur religion au quotidien», tient à préciser M. Guedira. Et d’ajouter : «Il faut distinguer entre le statut des fatwas officielles émises par le Conseil supérieur  des ouléma qui  concernent les grandes orientations nationales et les simples avis émis par les Conseils régionaux des ouléma qui concernent la religion et la vie courante des croyants». Par ailleurs, dans ce débat autour des fatwas, outre le ministère des habous, le ministère de la communication s’est également impliqué. Le dernier cahier des charges a aussi imposé aux télévisions nationales de réserver des taux horaires aux émissions religieuses et de fatwas. Mais là encore la controverse est au rendez-vous et les avis autour des approches et l’efficacité d’un tel chantier divergent.