L’acception de la Jeunesse diffère d’un pays à l’autre, selon les valeurs dominantes et les modes de vie. Mais, généralement on inscrit dans cette grille au Maroc, conformément à certaines approches fonctionnelles, toutes les personnes de sexes féminins se trouvant entre la période scolaire et le mariage, et chez le sexe masculin, les personnes traversant les périodes entre celles des études et du premier emploi. Une période qui peut durer plusieurs années dans le cas du Maroc alors qu’elle ne dépasse guère quelques mois dans les pays développés.
Bien entendu, au cours de cette phase se forgent des habitudes et se compliquent les modes de réflexion. Plus elle dure, plus elle devient problématique, difficile à gérer et pathologique.
A maintes reprises, l’on a vu des jeunes tenter, de manière concomitante, des issues contradictoires pour sortir de leur crise, sans que cela ne crée chez eux le moindre embryon de crise de conscience ou le moindre brin de questionnements et d’interrogations.
Pour régler certains problèmes quotidiens, ils n’hésitent guère à voir le voisin, le syndicaliste du quartier ou de l’entreprise, les élus, les militants des différents partis politiques, les agents d’autorité, un fqih d’une mosquée ou un charlatan du coin, comme si tous ces recours ne faisant ou rencontraient à un seul point. Celui de satisfaire un besoin quelconque, généralement ayant trait à une situation matérielle précise (emploi, adhésion à une école, promotion professionnelle, papiers administratifs ou même demande de divorce ou de mariage).
Face à l’éclatement des moeurs et des espaces d’éducation, dont essentiellement le foyer familial et l’école, les partis politiques, les syndicats, les associations, les clubs sportifs, les maisons de jeunes et les conseils communaux auraient pu prendre la relève et assumer leur responsabilité en ce qui concerne l’encadrement des citoyens et l’octroi de pistes de repère sur le plan éducatif, culturel et même doctrinal. Mais à défaut de moyens, en termes de ressources humaines et de pouvoirs financiers, et en raison des limites qui caractérisent les ambitions des cadres chargés de ces missions de mobilisation, de rayonnement et d’organisation, ces instances se sont transformées au fil des ans en simples courroies de transmission et de médiation entre quelques parties infimes de la population et les pouvoirs publics ou des tremplins de promotion sociale pour leurs membres.
L’éclatement des villes, le vol en éclats de leurs centres spatiaux, la « ruralisation » des cités, la perte de boussole pour les citoyens et la perte progressive et constante de la légitimité dont disposaient certaines anciennes familles qui jouaient le rôle de médiateurs entre les habitants et les représentants du pouvoir central, sont autant de facteurs qui justifiaient l’émergence des nouvelles formes d’éducation des masses, dans le sens large du terme.
Mais, promesses non tenues ou trahies, le vide politique et de socialisation collective, créé au fil des années, se nourrissait de la manifestation d’attitudes individualistes en prenant de l’ampleur dans les quartiers de la misère ouvrant ainsi la voie à une nouvelle tendance de politisation radicale, et ce au moment où l’Etat cherchait à tourner la page des années sombres qui justifiaient le radicalisme juvénile.
La maladie infantile de l’islamisme a fini par emboîter le pas au gauchisme radical. Mais à la différence de ce dernier, qui se nourrissait d’idéaux et de valeurs ayant pris forme dans des pays développés, le radicalisme nouveau se ressource dans les terreaux de la misère et de l’analphabétisme.









