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Éditorial : Basse altitude

La guerre des Titans que se livrent boeing et Airbus retentit tous les jours en un quelconque endroit du globe. Les deux géants du secteur aéronautique se trimballent en toute occasion avec cette querelle de leadership, à coup de communiqués et de déclarations. Depuis 2000, le petit marché marocain, jusque-là bastion  de l’avionneur américain, est au centre des enjeux d’Airbus. L’important lobbying entrepris par ce dernier, appuyé par des relais consulaires et parfois médiatiques, avait été payant : la RAM a finalement aménagé une place pour Airbus au milieu de sa kyrielle d’appareils livrés par l’américain.
En prévision des batailles futures, les deux compagnies  ont monté de solides équipes commerciales dirigées par des Marocains, une touche locale utile. Ihssan Mounir pour Boeing et Abdallah Sbaï pour Airbus, tous deux aux commandes, se livrent à des combats, jusque-là à la régulière. Loin de ce qu’on peut qualifier d’une guerre de chiffonniers, les joutes verbales entre les deux fers de lance de Boeing et d’Airbus étant toujours mâtinées de chiffres, argumentées et relevées par les nouvelles caractéristiques techniques de tel avion, de tel prototype etc. Jamais de vols à rase-mottes.
De son côté, la RAM, au centre des convoitises, conduit régulièrement des appels d’offres suivant des procédures valables aussi bien à Rabat, à Toulouse qu’à Seattle. Des consultations contrôlées par les administrateurs de la compagnie, suivies à la loupe par les départements des Finances, validées par l’Equipement et des Transports, vérifiées par les Finances, accompagnées par les notes et les analyses d’expert et visées par les banques d’affaires. Rien de nouveau sur la terre. Il s’agit de processus accompagnant toute consultation internationale.
Dans le dernier appel d’offres, objet du mécontentement de la compagnie européenne, les mêmes procédures ont été reconduites. Un remake de l’opération de l’an 2000 dirait-on. Sauf que pour celle-ci, Airbus emmène dans ses bagages un bel avion mais à l’état de prototype, un appareil  révolutionnaire, mais dont le plan de vol reste à définir, un prince des nuées mais qui n’a pas encore trouvé suffisamment de commandes… Bien malade serait celui qui en devinerait le prix, les coûts d’exploitation, la date de commercialisation. Cela fait trop d’incertitudes face au Dream liner de Boeing, déjà sur pied et assuré de fêter son premier vol courant 2008 grâce à un carnet de commandes qui explose. Et c’est tout le malheur d’Airbus dans cette histoire.
En bon professionnel, David Dufrenois sait mieux que quiconque, qu’on ne peut pas concourir sur la base d’un prototype. Habitué à de telles opérations, ce brillant commercial sait qu’en matière d’appel d’offres, fixer une date est l’un des premiers gages de transparence. D’aucuns, toujours alertes, n’ont pas manqué de déceler dans le comportement de ce bouillonnant commercial les  relents d’un certain colonialisme. En matière d’achat d’avions, le lobbying et la proximité sont  de beaux atouts. Mais à condition de présenter d’abord une offre commerciale. Et c’est tout ce que Airbus a oublié de faire. Ce faisant, ce dernier n’a pas pris de l’altitude.

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