Couverture

Éditorial : Bombe à retardement

En moins de 24 heures, l’immense complexe de bidonvilles qui porte le nom de Sidi Moumen s’est transformé en un lieu de rendez-vous des médias. Journalistes, sociologues et chercheurs universitaires se sont déplacés sur les lieux pour voir la zone qui a engendré des kamikazes marocains. Il faut un sérieux effort d’imagination pour croire que cet amas de bidonvilles fait partie de la capitale économique (et prospère) du Maroc. Qu’est-ce qui a fait que cette partie périphérique devient un terreau de la terreur ? C’est bien entendu, l’oubli et l’insouciance manifestés par les responsables envers ce qu’ils considéraient comme un quartier périphérique noyé dans ses problèmes quotidiens. Pas d’infrastructure, pas d’hôpitaux ni de routes.
Un manque total de l’hygiène la plus élémentaire. Le surpeuplement et la propagation de l’habitat insalubre avec toutes les répercussions négatives et les maux endémiques sont les seules caractéristiques de Sidi Moumen. Pourtant, la sonnette d ‘alarme a été tirée depuis l’été dernier après les crimes commis par des membres de la salafia jihadia, et la lapidation à l’arme blanche d’un pauvre type qui a voulu leur tenir tête. Les nombreuses investigations menées par les différents services de sécurité sur place ont débouché sur l’existence d’une nébuleuse criminelle dangereuse qui fait de l’islamisme la base justificative de ses actes.
Peu de temps après, l’affaire est classée !! C’est là où les choses allaient basculer. Les intégristes ou plutôt leurs encadreurs ont profité de la mollesse des autorités compétentes pour établir leur quartier général et tout un réseau logistique. Or, il fallait déraciner le mal après qu’il soit détecté. En installant plus de postes de police, des agents bien équipés et constamment présents parmi la population pour décourager toute tentation de dérapage. D’un autre côté, en parlant de Sidi Moumen, côté officiel, on insinue la plupart du temps, ces constructions modernes et prospères, dont l’activité ressemble à celle observée dans n’importe quel autre quartier populaire de Casablanca. L’arbre qui cache la jungle. Car au-delà de cette façade, ce sont les bidonvilles qui constituent le fond de toile de Sidi Moumen, le vrai. Il est inconcevable que les autorités locales, notamment les chioukhs et les mokadems ne se soient aperçus de rien. Ce fut l’erreur fatale. En petits groupes, ceux qui allaient s’ériger en kamikazes rencontraient régulièrement leur «Emir», qui les manipulait à sa guise.
À travers un rideau de surcroît. Les jeunes intégristes ne connaissent même pas celui qui leur donnait des «instructions». Ils prospéraient dans un périmètre hautement alertant. Entre Sidi Moumen, Ahl Loughlam, Ain Harrouda, Douar Sekouila, Attacharouk et Hay Lalla Meriem. Beaucoup de plaintes ont été déposées par les citoyens qui criaient à la propagation de la délinquance et manifestaient leurs craintes. En vain. Avec une population nombreuse, l’absence des moindres infrastructures, eau potable, réseau d’assainissement, et le taux très élevé de pauvreté et d’analphabétisme, l’inexistence des forces de l’ordre, les ingrédients d’une bombe à retardement sont au complet. Au moment propice, elle s’est explosée.