Ahmed Raissouni cache mal son malaise par rapport à la nouvelle organisation du PJD “Vigilance et Vertu“. Visiblement, le président du MUR (Mouvement Unicité et Réforme) ne se réclame pas de cette nouvelle structure qu’il ne soutient même pas du bout des lèvres. Il lui souhaite à peine la bienvenue. Sans plus.
En fait, la création de cette association a révélé en quelque sorte une certaine duplicité dans le jeu du PJD (Parti de la Justice et du Développement) et du MUR dans un système de vase communicants qui ne dit pas son nom. Une confusion nourrie par le fait que nombre de figures connues du parti sont en même temps membres influents du mouvement. Lorsque Mustapha Ramid monte, par exemple, au créneau sous la coupole, agit-il en tant que député du PJD ou en sa qualité de membre du MUR ? Bien sûr, l’intéressé ne précise pas la casquette qu’il porte au moment de sa sortie… C’est cette hégémonie non apparente du mouvement dans les instances du PJD que Dr Abdelkrim Al Khatib, secrétaire général du parti, espèrait justement contrebalancer par la mise en place de “Vigilance et Vertu“. Dirigée par le député de Oujda, Mohamed Khalidi, cette initiative a l’allure d’une action des modernistes modérés contre les radicaux conservateurs du MUR…
Et puis, faut-il croire M. Raissouni lorsqu’il affirme que cette situation (le fait que les “meilleurs cadres“ du MUR ont négligé les activités du MUR au profit de la politique) n’arrange pas les affaires de son mouvement et qu’il souhaite de ce fait réduire la représentativité de ce dernier dans les structures du parti ? En fait, ce qui est en cause, c’est ce lien organique entre le mouvement et le parti. C’est ce dernier qui génère la confusion dont la levée ne passe que par la fin des rapports entre les deux parties. Bien sûr, Ahmed Raïssouni ne souhaite nullement aller jusque-là. Autrement, le MUR perdrait de son importance que lui confère un PJD de plus en plus imposant, promis selon les observateurs à un bel avenir politique.
À part cela, Ahmed Raissouni est à l’aise dans son discours d’islamiste qui met en avant la religion pour livrer sa vision de la société qu’il veut “ré-islamiser“ . Loin d’adoucir son verbe, le président du MUR adopte un ton plutôt dur qui pour le moins tranche avec celui du secrétaire général du PJD.
Professeur de la Chariâa à la faculté de droit de Rabat, il poursuit pour le MUR et le PJD l’ambition d’accéder un jour aux affaires à partir d’une référence religieuse, avec comme objectif de “changer les choses“ de l’intérieur en étant aux manettes du pouvoir . C’est tout le contraire de la stratégie de Cheikh Abdesslam Yassine et de son organisation qui, eux, nourrissent le rêve de changer la société de l’extérieur en la travaillant dans la clandestinité. Seul point commun entre le MUR-PJD et Al Adl Wal Ihssane c’est qu’ils font du temps leur allié de taille.








