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Éditorial : Danger public

Le serial killer de Rabat, Abdelali Amer, cet homme qui a assassiné froidement quatorze personnes en l’espace de dix mois est un repris de justice. Un individu connu par les services compétents en la matière pour ses excès de violence. A six reprises, il a séjourné en prison. Et à six reprises, il a été relâché dans la nature, apparemment sans suivi ni psychique ni social, encore moins sécuritaire.
Combien, comme lui, d’anciens prisonniers errent aujourd’hui librement dans les rues, à proximité des écoles, des habitations, des marchés, prêts à commettre l’irréparable. Apparemment, il y a un déficit de vigilance à l’égard de ces dangers publics ambulants. Autrement, Abdelali, un monsieur-tout-le-monde, complètement banal, n’aurait pas commis jusqu’à quatorze crimes avant d’être appréhendé. Malade, psychopathe, il tuait  sans motif apparent, se transformant par intermittence  en une bête sanguinaire.
Un meurtrier qui fait preuve d’une froide intelligence, tuant de la même manière ou presque toutes ses victimes et induisant en erreur les policiers et les médecins légistes. Comment avec son lourd passé n’a-t-il jamais attiré l’attention des policiers ? Les enquêteurs, bernés par un modus operandi savamment bien exécuté, auront tous conclu au traumatisme crânien dû à une chute mortelle, dans treize cas. Mais dans sa dernière mise à mort, la main de l’assassin a tremblé.
Le traditionnel coup porté à la nuque a glissé, laissant une plaie béante qui présumait un acte prémédité. Et c’est là seulement que les enquêteurs ont compris. Mais à quel prix !
Au-delà même de la violence de cet acte, c’est le problème de la prise en charge des vagabonds qui se pose avec acuité. Le centre d’Aïn Atiq, supposé accueillir ces SDF, mais dénoncé à plusieurs reprises par les organisations de défense des droits de l’Homme, ne pourrait supporter l’affluence de plus en plus grandissante de ces  personnes qui n’ont trouvé de refuge que dans la rue, obligés de survivre à leurs corps défendant ?
Les meurtres en série de Rabat mettent également en exergue les conditions de libération des récidivistes, ces personnes qui sont devenues des habitués de la violence et des murs des geôles. Abdelali Amer est un repris de justice. Un homme dangereux porté sur le viol, le vol et les agressions qui n’a apparemment rien appris de ses six séjours derrière les barreaux. A quoi ont alors servi ces incarcérations ? A aiguiser d’avantage un appétit meurtrier. A radicaliser encore plus les penchants violents de cet individu que les habitants du quartier El Akkari à Rabat prenaient pour un paisible clochard qui, entre deux comprimés psychotropes, faisait la manche pour se débrouiller de quoi survivre? Parmi ces trop nombreux «sans domicile fixe», combien aujourd’hui de potentiels «Abdelali Amer»  courent les rues à l’affût de leurs prochaines victimes ?

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