Le Maroc a décidé de donner la parole aux victimes des années noires dans un style de communication grand public. Il ne s’agit pas seulement d’offrir un exutoire à ceux qui ont souffert des affres de l’emprisonnement et de la torture en leur permettant de raconter ce qu’ils ont subi de plus dégradant pour un être humain. En optant pour des témoignages retransmis en direct sur les ondes de la radio et télévision, les pouvoirs publics ont tenu également à associer tous les Marocains à la lecture par le son et l’image de cette page sombre de l’Histoire du pays avant de la tourner définitivement. Dire les ténèbres du passé pour mieux éclairer l’avenir dans l’espoir de faire des années de plomb un gage pour un âge d’or. Plus jamais ça.
La démarche de l’Instance Équité et Réconciliation (IER), une commission ad hoc qui sera dissoute dès la fin de ses travaux, est censée clore un processus de réconciliation nationale qui a démarré dès 1993 avec la création du CCDH ( Conseil consultatif des Droits de l’homme) et au cours des dernières années par l’indemnisation des victimes de cette période. Une expérience novatrice et courageuse qui, à part les gesticulations des nihilistes et les états d’âme des nostalgiques, s’est déroulée jusqu’ici sans heurt, ni incident.
Or, l’idée des témoignages des ex-détenus politiques a donné lieu à une grande controverse. Loin de faire l’unanimité, cette initiative n’est pas du goût de tout le monde. Certains esprits se recrutant notamment dans le milieu politique critiquent une opération qui dédouane ceux qui avaient pris les armes pour essayer de renverser le régime. Les tenants de cette thèse ne sont pas loin de penser que les responsables qu’on accuse aujourd’hui d’être des tortionnaires n’ont fait que défendre la stabilité de l’État menacée dans une confrontation ouverte qui fatalement devait provoquer des dégâts humains. En poussant le raisonnement jusqu’au bout, ceux qui se disent victimes ne sont en fait que des gens qui ont perdu la guerre. C’est normal que la vision de deux Maroc s’oppose, s’entrechoque à travers l’affaire des auditions publiques. Ce débat contradictoire dont il faut se féliciter au demeurant participe aussi de cette parole retrouvée à l’échelon national après des décennies de frustrations et de non-dits.
Or, de cette thérapie collective, voulue par les plus hautes autorités du pays et que l’on espère se passera sans dérapage, ni excès, c’est le Maroc nouveau qui doit sortir gagnant, loin de tout esprit revanchard ou rancunier. Le mea culpa de l’État ne doit pas non plus se transformer pour celui-ci en profil bas permanent mais en volonté farouche de respect de la loi en toute circonstance par sa seule application.
Autrement dit, il faut que le pays sorte renforcé de cette expérience et non divisé, uni plus que jamais autour de ses symboles et déterminé à construire une nouvelle culture basée sur le dialogue et la concertation, la justice et les droits de l’Homme, l’équité et l’égalité des chances. Ce sont là les meilleurs antidotes des dérapages que le Maroc a connus par le passé.








