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Éditorial : La loi et la terreur

© D.R

À défaut de parvenir à sa fameuse mise à niveau économique, le Maroc vient de réussir, dans le sang, le drame et la consternation, sa mise à niveau terroriste. Après les attentats terroristes du 16 mai, notre pays est devenu, dans une espèce de banalité universelle, un pays comme tous les autres  aux prises avec la violence aveugle et sanguinaire du terrorisme. L’exception marocaine en la matière, qui mettait en avant une sorte d’immunité immanente  dont certains se gaussaient à moindres frais et que nous avons nous-même dénoncée ici à plusieurs reprises, a volé en éclat.
Dire et expliquer, pendant des mois, que le Maroc n’est pas à l’abri de la violence terroriste et qu’il faut que l’État puisse se donner les moyens de protéger par la loi nos valeurs essentielles, les biens, les personnes et la quiétude des citoyens étaient, au pire, considérés, dans une légèreté irresponsable et criminelle, comme une montée en puissance d’un discours « sécuritaire » dont les auteurs, bien évidemment zélés, voulaient mettre sous tutelle le pouvoir. Et au mieux, ce même discours était jugé par des nihilistes patentés, et pathologiquement provocateurs, comme une volonté de bloquer une transition démocratique qui, comme chacun le sait, n’a besoin ni de loi, ni de services de sécurité, ni de règles de droit, ni d’institutions. La démocratie marocaine devant être par essence, et par atavisme, adossée à un État faible et illégitime, aux valeurs lâches est tenue au respect par un terrorisme intellectuel ou journaleux celui-ci, où l’ignorance de l’Histoire le dispute à l’inculture politique et à la fanfaronnade de potache.
Les sécuritaires, disaient-ils. La dérive à la turque éructaient-ils ? La régression démocratique postillonnaient-ils ? Le retour des années de plomb se pâmaient-ils ? Et l’on passe et des meilleurs. C’est à ce moment précis, cela est un phénomène connu, que tout ce qui tire vers le bas a commencé à converger. Les attaques contre le chef de l’État, ses collaborateurs, voire sa famille. Les responsables de l’État, le gouvernement et tout ce qui, de près ou de loin, constitue les forces vives, sincères et honnêtes de ce pays. Près de quatre années de massacre systématique au cours desquelles des notions comme le patriotisme, la nation, l’amour du pays, le civisme ou la fierté d’appartenir à une nation sont passées à la moulinette nihiliste.
Dans ce climat délétère, des alliances objectives et manifestes ont même été nouées entre les intégristes islamistes les plus illuminés, les gauchistes les plus décatis, les anciens makhzéniens – réhabilités, à l’occasion, en fanfare – les plus aigris, les nihilistes les plus intéressés et les exclus auto-proclamés de la succession dynastique. C’est cela le «background», le vrai et l’incontournable – le climat – du drame national du 16 mai. C’est en mettant en perspective ces faits que l’on peut comprendre ce qui nous arrive. La France, par exemple, bien avant nous, a été durement touchée par le terrorisme. Elle a surmonté l’épreuve en défendant d’abord les valeurs de la République, en mobilisant la société contre les ennemis de la démocratie, en se dotant de moyens judiciaires et légaux pour éradiquer le mal, en donnant les moyens matériels et humains les plus étendus aux services de sécurité afin d’accomplir leur mission de protection des citoyens. C’est cela la riposte la plus appropriée.
Mais qu’en sera-t-il chez-nous ? Qui défendra haut et fort les valeurs de notre monarchie ? Qui mobilisera la société contre le chancre du terrorisme ?  Qui prendra l’initiative salutaire de doter le pays d’une vraie législation antiterroriste ? Qui poussera pour que la restauration de l’autorité de l’État permette la reconquête de zones entières de notre territoire, notamment urbaine et péri-urbaine, qui sont livrées à des mafias islamistes souvent armées?  Qui finalement fera en sorte que la loi, rien que le loi, soit tout simplement appliquée ?
Il est dérisoire de croire, comme le font certains politiciens gouvernementaux avec des effets d’estrades pitoyables, que les attentats du 16 mai ont visé le processus démocratique marocain, son ouverture politique ou son projet original de modernité. Non, cela est combattu tous les jours et parfois par ceux-là mêmes qui font mine de le défendre. Leur forfaiture sur ce point-là est consommée.   
Non, les cinq attentats de Casablanca, par leur méthode, leur programmation, leur modus operandi,  ont visé l’État marocain et ses institutions. Et la réponse idoine à ce défi criminel ne réside pas, pour être sérieux, dans le ralentissement ou l’accélération de la démocratisation. Là n’est pas la question. Elle réside strictement dans l’application de la loi dans le cadre justement d’un État de droit.

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