L’affaire de l’assassinat d’un jeune touriste français à Fès a provoqué un grand émoi. Le meurtrier, qui a également blessé grièvement la mère de la victime, est un drogué qui a perdu ses repères qu’il est allé chercher par intermittence dans la prière après des années de défonce. Fréquenter la mosquée ne fait pas forcément de lui un militant de la nébuleuse intégriste bien implantée du reste dans les bas-fond de la ville. Abdelialh Benali n’est donc pas un militant de la Salafiya Jihadia comme l’ont écrit certains journaux. Mais ceci n’enlève rien au fond du problème.
Ce drame place de nouveau au-devant de la scène une ville dont le statut de capitale spirituelle du Royaume est en train d’être battu sérieusement en brèche par les assauts d’une délinquance diffuse et multiforme.
Avec tout ce que cette réalité peu réjouissante a comme conséquences fâcheuses sur l’activité touristique de la cité, voire du pays entier. C’est dire la gravité de la situation. On a beau dépenser des fonds énormes dans la promotion du “produit Maroc“ à l’étranger et fréquenter avec assiduité les salons du tourisme à l’international, il suffit qu’un sicaire d’Abou Hafs ou d’un petit malfrat s’en prenne à un touriste pour que tous ces efforts soient remis en cause.
Certes, le tourisme est comme une pièce de porcelaine, il est extrêmement fragile. Mais, il importe pour un pays comme le Maroc, qui a misé sur le tourisme en tant que levier économique important, d’assainir une fois pour toutes l’environnement social de tout ce qui peut nuire au développement de ce secteur. S’agissant de Fès, il est urgent de réhabiliter cette ville sinistrée en la faisant bénéficier d’une solidarité nationale au vrai sens du terme avec une mise à plat de tous les maux qui minent son tissu social dans un cocktail explosif. Chômage galopant, pauvreté rampante, industrie quasi-inexistante, habitat insalubre… C’est sur ce terreau fertile que prospèrent comme la chienlit l’extrémisme religieux et la criminalité, deux phénomènes qui produisent de l’insécurité aggravée par l’incompétence des élus locaux.
Des voyous politiques aux commandes plus des délinquants de toutes sortes, c’est l’image renvoyée régulièrement par Fès qui mérite mieux que sa mauvaise réputation actuelle. Mais rien n’est venu modifier la donne et laisser entrevoir l’espoir d’un changement. Jusqu’ici, tout ce qui change ce sont les préfets de la ville qui perdent leur poste à la moindre protestation des habitants contre les agressions de tel ou tel commerçant ou tel ou tel passant. C’est ainsi que la cité mérinide a “consommé“ deux hauts gradés de police en moins de deux ans, comme si ce corps était le seul responsable du malaise profond de la ville.
Sauf à vouloir en faire le bouc-émissaire de toutes les turpitudes de Fès, les problèmes de cette dernière sont essentiellement d’ordre socio-économique. C’est à ce niveau-là que la mobilisation, non seulement des autorités locales, mais aussi du gouvernement doit se faire pour s’attaquer au mal à la racine. Fès n’est pas une métropole oubliée ou marginalisée. Pis, elle est en déliquescence.









