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Éditorial : Voyous du ciel

Voyous des mers. C’est en ces termes que le président français Jacques Chirac avait qualifié ces pétroliers à l’origine de grandes catastrophes écologiques de ces dernières années, l’Erika (France) et du Prestige (Espagne). Il s’agit souvent de pavillons de complaisance dont la navigation en eaux troubles du profit maximal se fait au détriment des normes de sécurité. D’où les marrées noires qui frappent régulièrement le littoral mondial. Dans ces navires à haut risque, tout se négocie au rabais, le salaire de l’équipage, la maintenance technique du navire… Avec les deux récents crashs aériens survenus à quelques jours d’intervalle (celui de Charm El Sheikh en Egypte et celui de la Guinée-Conakry), il y a lieu de parler de voyous du ciel. Ces avions qui ont explosé juste après leur décollage n’appartiennent pas à des compagnies régulières. Ces vols meurtriers ont été affrétés par des sociétés privées. Les compagnies charters, qui ont connu un boom spectaculaire à la faveur de la libéralisation du ciel, ont ceci de particulier qu’elles offrent des prix réduits, beaucoup moins chers que ceux pratiqués par les transporteurs réguliers. D’où leur réussite commerciale un peu partout dans le monde qui fait pâlir d’envie les compagnies classiques dont certaines d’entre elles ont mis la clé sous le paillasson suite aux événements du 11 septembre. Or, la santé presque insolente affichée par les “low cost“ ou les compagnies à tarifs réduits est adossée essentiellement à une politique de réduction maximale des coûts. Autrement dit, la rentabilité dans ce transport aérien compétitif au point de vue commercial se nourrit d’une stratégie de baisse des différentes charges qui concourent à la définition du prix de vente du billet. Certes, les vols “chartérisés“ grâce à la modicité des prix pratiqués ont contribué à la démocratisation des voyages à travers le monde. Ceci est indéniable. Mais il ne faut pas que l’accessibilité de ces navettes aériennes rime avec insécurité des passagers. Il ne faut pas que ces derniers payent de leur vie l’accès à des billets moins chers. Ce serait scandaleux que les “voyous du ciel“ jouent avec la sécurité des gens pour se remplir plein les poches. Les deux derniers drames aériens, dont l’origine est technique, montrent une certaine anarchie dans l’activité aérienne. D’où la nécessité de mettre de l’ordre dans le trafic par une réglementation sévère pouvant aller jusqu’au retrait de la licence d’exploitation aux compagnies incriminées. Il est facile d’invoquer un problème technique pour expliquer des accidents aériens alors que la maintenance et l’entretien des avions qui sont essentiels dans le secteur aéronautique sont relégués au second ou au dernier plan chez les compagnies à moindre coût. C’est une négligence coupable qui mérite des sanctions exemplaires que de faire voyager des êtres humains dans des engins défectueux. Le Maroc qui commence à libéraliser son ciel est appelé à faire preuve de vigilance. À trop vouloir soumettre l’aérien à une logique de profit pure et dure, l’avion risque de perdre sa qualité de mode de transport le plus sûr.

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