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Gouvernement : Pain noir au menu

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Le verrou a finalement sauté. La logique de fixation des prix en fonction de l’offre et de la demande a montré ses limites. L’idée de faire supporter aux pâtissiers et aux mille feuilles, le gel des prix sur le pain universel semble d’elle-même dépassée, puisque ce ne sont pas tous les boulangers qui sont pâtissiers. Les boulangers, en grève hier et aujourd’hui, dénoncent la politique du gouvernement et le gel des prix en vigueur depuis 1989.
L’objet de la revendication est simple : le relèvement de 30 centimes du prix de la baguette homologué. Pour rendre la pillule moins amère, le Syndicat des boulangers propose d’étaler cette augmentation sur neuf mois, avec une hausse de 10 centimes par trimestre.
Comme l’avait confié à ALM à la veille du premier mouvement de grève le 14 octobre dernier, le président de l’Association des boulangers, M. Azaz Lahoussine, tous les ingrédients entrant dans la composions de cette denrée de base sont en hausse. La levure, l’électricité, le gas-oil, les frais du personnel ont tous augmenté trop vite, alors que les prix homolégués n’ont pas bougé d’un iota depuis 14 ans. Les professionnels sont, de ce fait, sous tension avec les banques et leurs fournisseurs, les moulins. « Si rien n’est fait, on court tout droit à la catastrophe », déclare en substance le Syndicat National Unifié des Patrons Boulangers et Pâtissiers qui se sont réunis à huis clos le 12 janvier à la Chambre du Commerce et des Services de Casablanca. Selon le communiqué, c’est l’absence des mesures gouvernementales destinées à répondre aux doléances des boulangers qui justifie cette grève.
Pourtant, remarque une source du ministère concerné qui s’exprime sous couvert de l’anonymat, le prix du pain est libre depuis la promulgation de la loi sur la concurrence en 2001. Le pain ne figure pas dans la liste des produits établis par la commission interministérielle. Le pain n’est d’ailleurs pas un produit subventionné, il est seulement homologué.
Autrement dit, les boulangers peuvent augmenter leurs prix mais seulement après avoir avisé et obtenu l’aval du gouvernement. Dans les dispositions de l’entente conclue en 1989, c’était ce qui était stipulé: pour augmenter leurs prix, les boulangers devaient aviser le gouvernement. Si celui-ci ne répond pas, les hausses sont automatiquement entérinées.
Le ministère de l’Economie et des Affaires générales du gouvernement avait trouvé un début de solution durant le mois de Ramadan. Mais, à l’évidence, c’était du provisoire.
Les seules mesures prises par le gouvernement se sont bornées à la baisse des droits de douane sur les céréales. Face au repli de l’importation du blé tendre et à la montée en flèche des cours mondiaux, le gouvernement avait une première fois baissé les tarifs de 135% à 90% le 15 octobre, puis de 90% à 55% le 8 décembre. Des baisses qui ont peut-être agi sur le prix de la farine nationale mais qui n’ont en rien résolu le problème principal des boulangers, à savoir la maîtrise des coûts. Au delà de cette crise, c’est tout le système de compensation qui montre ses failles. Le Maroc consacre annuellement 2 milliards de dirhams pour les 10 millions de quintaux nécessaires à la farine subventionnée. La manne, c’est connu, profite en premier aux minotiers et ne profiterait ni aux populations rurales, abonnés aux micro-boulangers traditionnels, ni même les périphéries des grandes villes. Pour le moment, au ministère de l’Economie et des Affaires Générales du gouvernement, c’est le « no comment ». Normal, le pain est une denrée de base qui comporte un coût politique énorme. Tout montre, en outre, que le problème est loin d’être à son épilogue. Les négociations sont dans l’impasse. La politique de subvention a montré visiblement ses limites. Dans ce débat, ne manque évidemment que l’avis du consommateur, qui consomme sans broncher un pain de 170 grammes en le payant au prix de 200g. Il s’agit d’un des aspects dont on parle rarement, selon M. le président de la Confédération des Associations pour la Protection des Consommateurs, Mouhamed Benkaddour, qui martèle ce que tout le monde sait : «La subvention ou l’homologation ne profite ni au consommateur ni aux minotiers». Constat fait depuis des lustres par le ministère de tutelle qui ne veut affronter ni le boulanger, ni le minotier, encore moins le consommateur. Mais pour combien de temps ?

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