Il est des dossiers que l’on qualifie de dossiers à tiroir. L’affaire du Sahara depuis qu’elle a été montée, nous sort chaque fois une affaire à part. Une véritable affaire à tiroir. Le cas le plus révoltant, du côté marocain, est bien celui des militaires marocains séquestrés dans les géôles de Tindouf. Révoltant non pas parce qu’il se sont fait prisonniers ou qu’ils auraient dû combattre jusqu’à ce que mort s’en suive. Révoltant non pas aussi parce que c’est honteux d’avoir des prisonniers de guerre chez des gardes-chiourmes qui n’ont ni le poids militaire, ni la force de persuasion encore moins la place que le Maroc occupe sur la scène internationale. Révoltant pour une raison toute simple: au Maroc, aucune cérémonie en leur honneur, aucun hommage ne leur a été rendu, aucune marque de reconnaissance.
Mardi premier janvier 2002, le Polisario a annoncé, à grand renfort publicitaire, l’élargissement de quelque 115 militaires marocains. On s’est alors rappelé au bon souvenir de ces oubliés d’un conflit interminable.
Tout compte fait, ils sont pas moins de 1300 militaires qui sont encore détenus par le Polisario. Dans quelques mois, le plus ancien d’entre eux aura bouclé sa trentième année de captivité. Il y a eu des libérations successives : 10 en 1984, 185 en 1995, 5 en 1999 et 186 en février 2000.
Ils ont été pour la plupart capturés entre 1976 et 1982, à la suite de batailles connues, comme celles de Bir Anzarane, d’Amgala 1 et 2, de Ouarkziz et de l’attaque de nuit contre Tan-Tan. De l’aveu même du HCR et du CICR, ce sont les plus anciens prisonniers du monde. Un médecin du CICR avait témoigné en des termes tout ce qu’il y a de poignant. Sans que vraiment la communauté marocaine s’émeuve: “Je ne pouvais même pas choisir quel prisonnier je voulais examiner, car tous étaient impatients que je les ausculte. Tous sont malades physiquement ou psychologiquement. Le vieillissement prématuré et la dépression, voire la psychose, sont courants. Au cours des deux dernières années, leur état de santé s’est nettement détérioré.
Malgré l’assistance fournie, les possibilités d’un traitement médical dans les camps restent limitées, et les conditions de vie dans le désert sont très dures, surtout pendant les mois d’été. Mais le pire, c’est qu’une solution, dans laquelle les prisonniers pourraient placer tous leurs espoirs d’un rapatriement vers le Maroc, soit continuellement retardée. Cela conduit à des tensions dans le camp qui sont liées à la perte tragique de tout espoir et à un sentiment croissant d’impuissance. »Le problème, c’est que ces soldats enterrés vivant dans l’oubliette de Lahmada, ont une espérance de vie banalement humaine. Le problème aussi c’est que pendant deux décennies, le Maroc ne reconnaissait pas l’existence de ses militaires prisonniers du Posliario.
C’est que les damnés de Tindouf n’ont jamais désespéré de retrouver leur liberté, de réintégrer leur pays et de rejoindre leurs familles. Il y a longtemps que le temps ne compte plus pour eux. Alors, ils vivent d’espoir et d’horizon désertique à l’infini. Ils n’ont que cela. Car, faut-il le rappeler, ils ont, eux aussi, des familles, des femmes, des enfants et des proches. Ceux-là désespèrent encore moins, bien qu’ils soient pratiquement abandonnés à leur sort. Aucune attention particulière, aucun traitement spécial à leur égard, pourtant mille fois justifiés. C’est justement les familles qui paient doublement, sinon triplement la captivité de leur proche. Elles la paient d’abord moralement, ce qui est connu. Archi-connu. Mais elles la paient psychiquement en plus. Et surtout financièrement. Parce que comment concevoir qu’un militaire capturé par l’ennemi alors qu’il était en état de défense de la Patrie, ne voie pas son grade hissé du moins de la même façon que ceux qui n’ont pas été capturés ?
Comment les familles des séquestrés peuvent continuer à percevoir une indemnité qui n’évolue guère alors que leurs souffrances grandissent chaque jour davantage ? Pire, ceux qui ont été libérés n’ont rien eu sinon des tracasseries supplémentaires. Ni hommages, ni gratification; pire, leur statut est resté le même…Une précision tout de même : ils ont eu droit, comme l’ensemble des fonctionnaires, à l’augmentation du SMIG. Pour une mesure, on ne les a pas oubliés…
Quant aux pilotes qui ont laissé leur vie au Sahara, c’est une histoire de bravoure qu’il est honteux de ne pas honorer. Pour bien viser et atteindre leur objectif, ils devraient voler bas. Une cible facile pour les SAM7 du Polisario à l’époque.
C’est cette reconnaissance qu’il faut à l’égard de personnes ayant servi leur pays au prix de leur vie. C’est cet hommage aux serviteurs du pays q’il faut instaurer. Toute une culture.









