À quoi rêve la jeunesse marocaine ? Poser la question c’est déjà y répondre. Les jeunes marocains dans leur majorité rêvent de s’expatrier. Triste réalité que tout le monde rencontre autour de lui, dans son entourage à travers des amis ou des membres de la famille.
Ceux qui ont une compétence particulière dans un domaine donné n’ont aucun mal à quitter le pays. Bien au contraire. Les têtes chercheuses des multinationales, chargées de dénicher ce genre de profil, s’occupent de tout, pourvu que les intéressés acceptent l’offre d’embauche qui est souvent alléchante. À la limite, la fuite des cerveaux, phénomène difficile à juguler, est significative de la situation du pays d’origine où, pour des raisons liées à l’état de développement de ce dernier, les perspectives d’épanouissement et d’évolution sont généralement limitées. Comment, en effet, retenir chez eux des gens qui ont la possibilité de négocier mieux leur talent sous d’autres cieux ?
Pour fuir la misère et le chômage, le gros des jeunes, lui, cherche absolument à s’inviter dans les pays d’accueil, notamment européens. Les gouvernements de là-bas ne veulent pas de ceux en qu’ils voient des gueux sans aucune qualification professionnelle même s’ils sont corvéables à merci. Cette inhospitalité enfante des immigrés clandestins et une race de kamikazes qui, au risque de leur vie, tentent tout pour se retrouver dans les contrées de leur rêve.
C’est là où le bât blesse. Le Détroit de Gibraltar, ce bras de mer d’à peine 15 Km qui sépare Tanger de Tarifa, n’en finit pas d’engloutir des hommes dans la force de l’âge. Des drames à répétition qui se produisent dans l’indifférence générale. Ce phénomène migratoire, de par sa charge déchirante, représente la face visiblement criarde de l’iceberg. À voir les longues files d’attentes interminables devant les consulats de France, d’Espagne et des Etats-Unis chaque jour que Dieu fait, on a l’impression que tout le monde veut s’expatrier. L’affaire AL Najat, où 30.000 jeunes marocains furent plumés alors qu’ils pensaient enfin tenir un boulot à bord de bateaux de croisière à l’étranger, projette une lumière crue sur la situation de la jeunesse marocaine. Livrée au chômage et au dénuement, certains ont une valise dans la tête.
Partir… D’autres, par résignation peut-être, préfèrent s’évader par le biais de toutes sortes de drogue tout en restant sur place… Jeunesse à la dérive. Un pays comme le Maroc peut-il espérer sortir de son sous-développement alors qu’il est incapable d’offrir une alternative à ses enfants ? Devant ce constat peu réjouissant, intéresser les jeunes à la politique et susciter chez eux la passion de l’engagement ressemblent à une gageure. À un rêve inaccessible.
D’abord et surtout parce que les partis actuels, étant donné leur état général, ont besoin eux-mêmes d’être encadrés pour fortiori pouvoir encadrer la population ! On glorifie sans cesse la jeunesse dans les discours officiels, mais on ne fait rien ou pas assez pour que ses ambitions ne se fracassent pas sur les récifs de la désillusion. Le décalage est énorme. Alors c’est quoi être jeune aujourd’hui au Maroc ?









