L’été est chaud et il l’est devenu encore plus avec l’odeur du sang. A quelques semaines des élections, l’on apprend que le banditisme à visage religieux avait, depuis belle lurette, décidé de passer aux actes. Et ce que les citoyens ont vu n’était en aucun cas le visage de la mort fatale mais celui du meurtre avec toute sa dimension et sa substance criminelle. Pourtant, ces «envahisseurs» ne sont plus étrangers à notre société. Ils sont partout là où il y a la pauvreté. Ils ont profité du long sommeil d’une élite politique en mal d’activisme, avide de pouvoir et qui s’est de plus en plus embourgeoisée, identifiée à l’Etat, avant de déserter le terrain de l’action sociale.
Là où l’urbanisme sauvage prospère et prend de l’ampleur, le phénomène du banditisme prend de l’ampleur et diverses versions.
Les structures de gangs classiques, constitués de sbires désoeuvrés en quête de proies fragiles ( femmes ou enfants étrangers au quartier) a cédé la place à une nouvelle forme d’organisation. La modernité inaccessible, pourtant à portée de main a engendré un nouveau type de rebelles.
Sur le terrain, cela se traduit par le squat de biens publics ou d’autrui. Cela commence, généralement au même moment où l’on bâtit, dans la clandestinité et l’illégalité, ces quartiers dits insalubres ou zones à haut risque. Le phénomène se développe au fur et à mesure que le petit commerce, informel et suspect, fait jour. D’un petit business aux alentours d’une mosquée, l’on passe au recrutement «affairiste» et théologique.
Les militants d’Allah ont besoin de se nourrir pour pouvoir réussir leur mission. Le jihad dans sa connotation primaire commence là où l’espace de négoce échappe à tout contrôle et où le vide politique triomphe et évolue dans les marges des cités.
Le scénario commence souvent par ces faits banals que l’on rencontre tous les jours que Dieu fait et qui ne suscitent souvent aucune réaction de ceux-là même que le banditisme armé guette. On squatte d’abord un lieu saint, une mosquée. On recrute des jeunes chômeurs( des hittistes de chez nous), ensuite, et on impose là où l’on passe la «voix sacrée» pour se faire admettre -de gré ou de force – en tant que défenseur de la chariaâ, dans sa pureté et son état cru.
Parallèlement à l’inculcation de la culture de l’anti-monde, l’on s’arrange, en amont, à ne jamais attaquer le système en termes de rapports de forces, alors qu’en aval, on le défie par un don auquel il ne peut pas répondre sinon par sa propre mort et son propre effondrement.
Face à cette situation, c’est toute la société qui est prise au piège. Les partis politiques, de par leur stratégie lourde, éprouvent énormément de difficulté à les contrecarrer, et comme à l’accoutumée la contestation se retrouve en fin de compte face aux appareils coercitifs de l’Etat . Ces mêmes appareils que l’on critique pour «ingérence sociale» mais auxquels on fait appel dès que l’on sonne le tocsin. Paradoxe obligé.
Y a-t-il donc une solution à cette épidémie galopante ?
Apparemment, à court terme, non. Surtout pas la guerre ou le déluge du sécuritaire total ni les discours d’intoxication et de surenchère.









