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La grande bouffe

La CNSS (Caisse nationale de la sécurité sociale) a tenu, samedi 8 juin, à Casablanca, la convention de ses cadres, sous la houlette de son sémillant directeur général Mounir Chraïbi.
Cette réunion, où la presse n’était pas admise, n’a pas planché comme on pourrait s’y attendre sur les conclusions du rapport El Hilaâ sur la CNSS mais sur la présentation du nouvel organigramme de l’établissement. Devant ses collaborateurs, M. Chraïbi a juste dit, en deux mots à peine, ce qu’il pensait de cette bombe avant d’ouvrir les travaux de la convention : la meilleure réponse est de continuer à faire notre travail. Ce n’est pas à nous de juger les résultats de ce rapport. Pour lui, ce message laconique est destiné aux cadres consternés par cette affaire. Une manière de leur remonter le moral et de les galvaniser. Il est vrai que les révélations sur la boîte ont fait virer le fond de l’air en interne à l’inquiétude chez nombre de cadres pointés du doigt. Quand la sécurité sociale se transforme en insécurité rampante pour les indélicats. N’aurait-il pas fallu réunir en premier le conseil d’administration de la Caisse pour préparer une réponse autour du gâchis financier décrit dans le rapport? Le directeur général a son explication à ce sujet :“ la convention des cadres était programmée de longue date et qu’en plus il n’a pas reçu officiellement le rapport sur la CNSS“. Tout se passe comme si Mounir Chraïbi n’était pas concerné par ce dossier explosif, indépendamment de l’exactitude des chiffres sur les détournements ou le manque à gagner avancés par les enquêteurs.
Certes, M. Chraïbi n’a pris les rênes d’une Caisse, déjà à terre, que récemment, le 11 avril 2001. Mais reste que le scandale éclabousse sérieusement l’image de la boîte qui a besoin en ce moment de plus que d’une “refonte de l’organisation“ : un nettoyage à fond de ces Écuries d’Augias. Un rapide coup d’oeil au nouvel organigramme et le regard tombe sur des noms, hauts perchés, cités dans le document de 326 pages de la commission. Saïd Brioula, directeur du recouvrement depuis 1994, est confirmé dans ses fonctions alors que plus de 26 millions de Dhs, selon les chiffres de la commission, restent à recouvrer auprès des affiliés de la CNSS. Ali Baâdi, ex-responsable du recouvrement avant M. Brioula, a bénéficié, lui, d’une belle promotion. Il est aujourd’hui directeur du pôle métier. Mustapha Abouzaid, ex-directeur des prestations, a été hissé au rang de directeur du pôle Grand Casa. Comment expliquer les promotions des cadres que la commission d’enquête a impliqués dans les irrégularités énormes constatées dans la gestion de la CNSS ? Étonnant. Réponse du directeur général : “ Le comité de direction compte 25 personnes dont 18 ont été promues pour leur compétence et leur mérite“. Cela veut-il dire que les autres ne le sont pas ? C’est la question que se posent justement les exclus de la gratification qui incarne la jeune garde. Exaspérée, elle a le sentiment que ce sont ceux-là mêmes qui sont responsables de la situation peu enviable de la CNSS, les éléments des anciennes équipes, qui prennent du grade, sous le mandat de Mounir Chraïbi. Le paradoxe.
Le nouvel organigramme, qui coïncide avec le scandale de la CNSS, est perçu par les intéressés comme un geste de défi des conclusions du rapport El Hilaâ. Au sortir la convention des cadres de la CNSS, inscrite sous le signe“gagner en efficacité c’est d’abord mieux s’organiser“ qui sonne comme un thème pour le moins inopportun, nombre de jeunes cadres frustrés ont tourné entre eux en dérision ce rendez-vous . “ Il faut appeler vite Rahou El Hilaâ pour lui signaler le banquet d’aujourd’hui pour qu’il le comptabilise dans le passif de la grande bouffe des trois dernières décennies“.

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