Un «non» franc et massif à la visite controversée entamée, hier à Sebta, par le Roi d’Espagne Juan Carlos dans les présides marocains occupés. C’est ce qu’a exprimé, hier, l’Etat marocain, gouvernement, députés, conseillers, et acteurs associatifs compris. Le ton a été donné, hier, par les élus du Parlement, députés et conseillers confondus, qui, à l’issue d’un sit-in devant l’ambassade d’Espagne à Rabat, qui a eu lieu à la mi-journée, ont adressé une lettre de protestation à l’ambassadeur espagnol Luis Planas Puchades. «En tant que composante de l’Etat marocain, nous dénonçons cette visite provocatrice du Roi d’Espagne Juan Carlos dans les villes marocaines occupées Sebta et Melillia», peut-on lire dans cette lettre. «Cette visite offense les sentiments des Marocains, et affecte sérieusement les relations de bon voisinage entre les deux Royaumes», mettent en garde les députés, qui ont réaffirmé par la même occasion l’attachement de tous les Marocains aux villes occupées.
Autre mesure pour marquer la ferme réprobation marocaine, la Chambre des représentants a tenu, toujours hier, une séance plénière au sujet de cette visite. Lors de cette séance, le Premier ministre Abbas El Fassi et les présidents des groupes parlementaires ont réitéré le rejet par l’Etat marocain de cette visite «inopportune» et «inacceptable». A rappeler que le cabinet El Fassi avait annoncé sa position réprobatrice au sujet de cette visite à l’issue du Conseil de gouvernement de jeudi dernier. L’ambassadeur du Maroc en Espagne, Omar Azziman, a, également, été rappelé pour consultations. «Le maintien du voyage du Roi Juan Carlos nous a choqués et nous n’avions d’autre possibilité que d’exprimer notre colère par le rappel de notre ambassadeur pour consultation», a affirmé à ALM le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Khalid Naciri.
Cette tension suscitée par Madrid est appelée à redoubler d’intensité, sachant bien que, au-delà de la réaction officielle, un grand élan d’indignation a été manifesté par la classe politique et associative. Outre le sit-in organisé, devant l’ambassade d’Espagne à Rabat, un rassemblement devait se tenir, hier soir 18h, devant l’Institut Cervantes de la capitale, à l’initiative du Parti de la justice et du développement (PJD), en association avec d’autres formations politiques. Contacté par ALM, le numéro deux du PJD, Lahcen Daoudi, a annoncé d’autres sit-in prévus dans d’autres villes du Royaume, dont Tanger, Tétouan, Leksar Lekbir, Errachidia et … Agadir.
Même tendance enregistrée chez les milieux associatifs, qui ont épousé cet élan patriotique dénonciateur. Ainsi, à l’initiative de la Commission nationale pour la libération de Sebta et Melillia et des îlots occupés, la ville de Tétouan a connu un grand sit-in de protestation. Ce sit-in, qui s’est déroulé devant le consulat d’Espagne à Tétouan, a été ponctué de slogans stigmatisant la visite du Roi d’Espagne. Les protestataires ont vigoureusement dénoncé cette visite la qualifiant de «tentative de consécration de l’occupation espagnole de deux villes marocaines et des autres présides». Une «incongruité coloniale» dont l’Espagne pouvait bien se passer.










