Visiter la morgue du Centre hospitalier et Universitaire Ibn Rochd, c’est se rendre compte de la véritable tragédie qu’ont causée les attentats meurtriers de vendredi soir. Celles des pertes humaines. Samedi et hier dimanche, Casablanca pleurait toujours ses morts. Des dizaines de familles venues récupérer les corps de leurs enfants, pères et mères, oncles et tantes, qui ont fait les frais, par leurs propres vies, d’actes aussi injustifiés qu’incompréhensibles et qui ont ciblé plusieurs sites très fréquentés de la capitale économique. 41 victimes. 41 corps ou ce qu’il en reste dont 25 ont été identifiés. Des visages consternés, les signes d’une immense tristesse mais aussi d’une grande indignation. La rage contre une mort rendue encore plus absurde à cause des motivations destructrices qui se cachent derrières elle. Et les larmes. Des larmes pour seule consolation.
Imaginez la détresse d’un père, venu identifier un fils qui n’est pas rentré la veille après un dîner entre amis. Imaginez la colère d’une mère qui a perdu son enfant stupidement, atrocement, et qui découvre le corps de son petit chéri brûlé, défiguré. Les déflagrations, d’une grande puissance, ont en effet déchiqueté les corps de plusieurs victimes, ce qui rend leur reconnaissance très difficile. Un vrai calvaire pour ces familles obligées pourtant de jeter un coup d’œil sur un tas de chairs, des lambeaux de corps humains, mutilés, calcinés. D’autres familles attendent toujours, que la reconnaissance des corps de leurs proches s’effectue. Elles ne sont même pas sûrs que l’un des leurs est parmi les victimes de ces attentats. Dure attente. Dans la cour de la morgue, plusieurs cercueils ont été déposés, en bois, avec une croix dessus ou portant des inscriptions en hébreu. Musulmans, Juifs et Chrétiens ont toujours cohabité au Maroc, terre de tolérance religieuse. Ils ont toujours vécu ensemble. Jamais une crise, même aussi dure que celle des attentats de vendredi, n’a réussi à ébranler cet esprit de tolérance. Ces actes barbares n’ont, au fond, fait que rapprocher ces trois communautés. Unis même dans la douleur. Mais samedi et dimanche devant la morgue du CHU Ibn Rochd, il n’y avait pas que des familles affligées. Nombre de jeunes et de responsables associatifs étaient présents pour manifester leur sympathie, mais également pour offrir leur aide à ceux qui en ont besoin. «La présence de ces jeunes est une sorte d’exutoire à leur crainte et à leur dégoût face à ces actes abjectes», explique Ahmed Ghayat, président du réseau associatif Maillage. «Le fait que des jeunes comme eux soient les responsables de cette barbarie les a poussés à agir. Etre présent, aider les familles, les réconforter est leur manière à eux de se sentir utiles», ajoute-t-il.








