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Le casse-tête des disparus

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L’Instance Équité et Réconciliation prend le relais de la commission d’arbitrage. Si la première a accompli son travail d’indemnisation “indemnisations pour les préjudices moral et matériel, au profit des victimes et des ayants droit des déclarés disparus ou ayant fait l’objet de détention arbitraire », la deuxième a pour mission de se pencher sur le dossier particulièrement délicat des disparitions forcées de cette même période. Quel est le nombre des disparus dont les familles sont sans nouvelles depuis plusieurs décennies? Les chiffres avancés sont contradictoires. Si les autorités marocaines ont recensé 112 disparus selon le mémorandum publié en 1998 par le Conseil consultatif des Droits de l’homme (CCDH), les diverses associations de défense des droits de l’homme, elles, situent le nombre des disparus entre six cent et trois mille. En fait, l’absence des statistiques exactes et la difficulté de recouper sont dues à la multiplicité des intervenants dans le mouvement de répression des militants et autres hommes politiques. Jusqu’au début des années 90, les officiels marocains niaient l’existence de ce phénomène. La mobilisation des familles des disparus, conjuguée à la pression de l’opinion publique internationale, ont poussé les autorités marocaines à libérer dès 1991 un nombre important de disparus des bagnes de Kelâat M’gouna et de Tazmamart et à reconnaître le décès d’une trentaine de ses pensionnaires. Mais le dossier des disparitions n’est pas pour autant clos. Les familles, soutenues par les organisations des droits de l’homme, interpellent régulièrement les responsables marocains pour connaître le sort réservé aux leurs. S’ils sont morts, ils réclament les dépouilles et s’ils sont vivants, ils veulent qu’ils soient libérés. Les figures les plus emblématiques des disparus sont les militants syndicalistes Abdelhak Rouissi et Houcine El Manouzi. Enlevé en 1964, le premier ne donnera plus signe de vie. Son collègue connaîtra le même sort en 1972 à Tunis avant d’être transféré secrètement au Maroc. La commission présidée par Driss Benzekri doit affronter ce dossier extrêmement douloureux sur lequel elle est amenée à faire toute la lumière. Si les disparus ne sont plus de ce monde, il faut le dire de telle sorte que les familles concernées fassent définitivement un travail de deuil. Autre affaire épineuse, celle de la disparition de Mehdi Ben Barka. Celui-ci sera assassiné après son enlèvement en plein Paris le 29 octobre 1965 à proximité de la Brasserie Lipp sur le Boulevard St Germain. Depuis, le dirigeant de l’UNFP ne donnera plus signe de vie et son corps ne sera jamais retrouvé. Ce crime politique jamais élucidé a donné lieu à divers livres dont le dernier en date a été écrit par Ahmed Boukhari, l’ex-standardiste du CAB 1, l’ancêtre de l’actuelle DST. Mais l’ensemble de ces ouvrages se voulant d’investigation n’ont pas toutefois apporté un début de réponse susceptible de faire la lumière sur ce dossier et d’identifier les vrais assassins. Juste des spéculations et des témoignages de certains protagonistes de l’affaire qui ont tenté de reconstituer le film de l’enlèvement de M. Ben Barka. Le fils du défunt, Bachir Ben Barka installé en France, n’a eu de cesse de demander que justice soit faite et que les autorités hexagonales lèvent le secret-défense sur les archives relatives à cette histoire qui n’en finit pas de rebondir. La commission présidée par Driss Benzekri a neuf mois (délai donné par le Souverain) pour accoucher d’un nouveau Maroc réconcilié avec son passé.

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