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Le Maroc veut exorciser ses « années de plomb »

Quelque 200 victimes de violations passées des droits de l’Homme ont été invitées à témoigner au cours d’auditions publiques inaugurées mardi à Rabat. Elles se poursuivront dans plusieurs villes, visant à « exorciser » des décennies de brutale répression politique, comme l’a écrit mercredi le quotidien « Aujourd’hui le Maroc ».
Les auditions, retransmises en direct à la radio et la télévision nationales, sont organisées par l’Instance Equité et réconciliation (IER). Cet organisme gouvernemental a été mis en place en janvier 2004 par SM le Roi Mohammed VI pour régler les dossiers des abus du passé – en se limitant au passé antérieur à 1999, année du début de son règne. Devant une assistance invitée à ne poser aucune question, les premières auditions ont été marquées par des témoignages bouleversants de victimes d’arrestations arbitraires et de tortures subies, notamment à l’occasion de la brutale répression politique qui a décimé l’extrême gauche dans les années 1970-1980.
Le lancement de cette opération de « vérité » à été salué par la presse marocaine, les partis politiques et par de nombreux défenseurs des droits de l’Homme. Mais ces derniers ont exprimé diverses réserves, tant sur l’organisation des auditions elle-même que sur l’idée, implicite dans la démarche retenue, que les violations des droits de l’Homme auraient cessé depuis 1999.
Abdelhamid Amine, président de l’Association marocaine des droits humains (AMDH, indépendante), s’est félicité des témoignages publics initiés à Rabat mais a déploré la règle imposée au témoins de ne pas désigner leurs bourreaux, estimant qu’elle favorise « l’impunité ». »On a entendu des témoignages sur de graves violations, on commence à rendre hommage aux victimes, c’est bien (…) mais aucun des témoins n’a pu nous dire qui sont les responsables de ces horreurs », a déclaré M. Amine à l’AFP, estimant que les témoins ont été « conditionnés » au point de s’interdire de mettre en cause « certains organismes et institutions ». D’autres critiques ont mis en cause la démarche de l’IER tournée exclusivement vers les « années de plomb » (1960-1990) et jusqu’en 1999, alors que, selon eux, de nouvelles violations graves des droits de l’Homme ont été commises après cette date. Ils désignent notamment, à l’instar d’Amnesty international dans un récent rapport adressé à l’Onu, les nombreux abus qui auraient été commis dans le cadre de la lutte contre les islamistes engagée après les attentats suicide du 16 mai 2003 à Casablanca.
L’AMDH et d’autres ONG, telles l’Organisation marocaine des droits de l’Homme (OMDH) et la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) ont dénoncé les effets « liberticides » d’une loi antiterroriste très musclée adoptée peu après ces attentats qui ont fait 45 morts. Les auditions publiques, qui devaient reprendre mercredi à Rabat, se poursuivront en janvier dans diverses régions où les abus du passé ont été dénoncés: Casablanca, Khénifra, Al Hoceïma, Tan-Tan, Errachidia, Figuig, Fès, Tétouan et Smara. Les témoignages porteront sur les exactions commises lors de la répression de l’extrême gauche, mais aussi au cours des soulèvements du Rif en 1958-1959 et du Moyen Atlas (1973), et lors de diverses émeutes populaires. Ils concerneront également des violations commises au Sahara occidental.

• Dominique Pettit (AFP)

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