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Le Royaume et la Turquie revoient leur accord de libre-échange

© D.R

Commerce. Le Maroc et la Turquie s’apprêtent à réévaluer leur accord de libre-échange dans le but de rééquilibrer leurs relations commerciales. Les détails.

L’accord de libre-échange entre le Maroc et la Turquie en voie d’être revu. L’information annoncée en exclusivité en mars dernier sur nos colonnes est aujourd’hui confirmée (aujourhui.ma). C’est au tour de l’agence de presse internationale Reuters de faire l’annonce. «Le Maroc envisage de revoir son accord commercial avec la Turquie et de promouvoir davantage d’investissements turcs pour compenser un déficit commercial croissant, principalement dû aux importations de tissus turcs», indique l’agence expliquant qu’une délégation marocaine «se rendra prochainement en Turquie – sixième partenaire commercial du Maroc – pour discuter des mesures visant à atténuer le déficit». L’année 2025 est ainsi marquée par les initiatives misant à revoir les accords de libre-échange. Après l’Egypte il y a deux mois, c’est donc au tour de la Turquie. Car en dépit des ajustements apportés au cours des dernières années, la balance commerciale continue de pencher en faveur de la Turquie. Sur nos colonnes en mars dernier, nous avions annoncé déjà que pour rééquilibrer la situation, le Maroc entendait travailler avec les autorités turques sur trois principaux axes. Il s’agit premièrement de renforcer l’accès des produits marocains au marché turc. Pour ce faire, il est question de négocier un accès préférentiel à certains produits de pêche et de l’agro-industrie en Turquie. Le deuxième axe fixé concerne le renforcement de l’approvisionnement local par les opérateurs turcs opérant au Maroc.

Le troisième et dernier axe devrait nécessiter plus de travail de négociation. Et pour cause. Il s’agit de revoir la liste des matières exclues de l’accord de libre-échange conclu entre les deux parties. Si la liste n’a pas été arrêtée, les pourparlers devraient aborder certains produits qui font déjà l’objet d’un droit anti-dumping provisoire comme c’est le cas pour l’électroménager. Pour rappel, l’année 2020 avait connu déjà une première décision de revoir l’ALE entre le Maroc et la Turquie. A cette époque le déficit de cet accord s’élevait déjà à 1,2 milliard de dollars sachant que le différend entre le Maroc et la Turquie était à ce moment centré principalement sur le textile. Par ailleurs, les efforts des deux parties ont permis aux opérateurs turcs de renforcer leur sourcing local. Dans ce sens, une convention de partenariat avait été signée en 2022 par le ministère de l’industrie et du commerce et le président du conseil d’administration de BIM Maroc pour le développement de l’approvisionnement de la chaîne de grande distribution turque en produits fabriqués localement. Reuters affirme que le déficit commercial global du Maroc s’est creusé de 22,8% pour atteindre 109 milliards de dirhams (12 milliards de dollars) au cours des quatre premiers mois de cette année, selon les données officielles.

Douane
Cette situation pousse les responsables à agir. L’Administration de la douane et des impôts indirects vient de diffuser une circulaire au sujet d’un accord amendant l’Accord de libre-échange Maroc-Turquie. Le document détaille les listes de produits soumis à un droit d’importation de 90%. Une deuxième liste contient également les produits à soumettre à un droit d’importation de 90% du tarif, à la fin des mesures de sauvegarde les concernant. Par ailleurs, les autorités marocaines avaient annoncé il y a quelques mois l’application pour une période de 5 ans d’un droit antidumping définitif sur les fours électriques importés de Turquie.

Dans les détails, une circulaire de la douane marocaine avait annoncé que le droit antidumping appliqué sur les importations de fours électriques originaires de la Turquie «intervient après la circulaire n°6577/211 du 24 juin 2024 informant d’un droit antidumping provisoire pour une durée de six mois d’un taux de 34,05 % pour l’exportateur ITMAT Makina Sanayi Ve Ticaret A.S et 62,07 % pour les autres exportateurs. Au titre d’un arrêté conjoint du ministre de l’industrie et du commerce et de la ministre de l’économie et des finances, l’application de ce droit est définitive et ce pour une durée de 5 ans. Sont concernées, les importations de fours électriques, mobiles, non encastrables, d’une capacité n’excédant pas 70 litres et qui sont destinés à l’usage domestique, originaires de « Turquie ». Pour rappel, une enquête antidumping avait été menée entre le mois d’août 2023 et le mois de novembre 2024, au sujet des fours électriques non encastrables, mobiles et d’une capacité intérieure inférieure à 70 litres, révélant que l’importation d’une grande ampleur des fours électriques de fabrication turque a fortement impacté les acteurs de l’industrie locale, en grande difficulté face à une concurrence farouche des produits importés qui a fini par avoir raison de leur part de marché, plombant par la même occasion leur rentabilité.

A noter enfin qu’une réunion avait eu lieu avec l’Egypte. A l’issue des négociations entre les deux parties, plusieurs mesures ont été annoncées. Un «Fast Track» sera mis en place par l’Égypte pour faciliter et accélérer l’accès des exportations marocaines. Les responsables des deux côtés avaient également convenu de mettre en place une ligne de communication directe afin de lever les obstacles entre les deux pays, d’assurer le suivi des statistiques et des difficultés entravant l’atteinte des objectifs fixés, et de trouver des solutions pour les résoudre. Ils se sont engagés, en outre, à déployer tous les efforts nécessaires pour accroître le volume et les chiffres des exportations marocaines vers l’Égypte, notamment dans le secteur automobile. De même, un forum d’affaires a été organisé en mai dernier. Ce Forum constitue une occasion pour les entreprises des deux pays d’explorer de nouvelles perspectives dans des secteurs à fort potentiel d’investissement et d’ouvrir de nouvelles opportunités pour les exportateurs marocains afin d’accéder au marché égyptien, en plus de la signature de partenariats bénéfiques pour les deux parties. L’évènement a connu la participation d’hommes d’affaires et d’entreprises marocaines opérant dans divers domaines d’exportation, notamment l’agriculture, l’industrie alimentaire et automobile, l’électricité, l’électronique, le textile, les produits de la mer, l’énergie et les énergies renouvelables, les produits pharmaceutiques, les produits médicaux et paramédicaux, les cosmétiques et la construction.

Alliance économique
Forum. Le président du Conseil d’affaires Maroc-Égypte, Mohamed Ali Tazi, avait appelé, en mai dernier au Caire, à la création d’une alliance économique intégrée et durable entre les deux pays. Loin de vouloir conclure des affaires rapides ou des initiatives circonstancielles, il s’agit de jeter les bases d’une alliance économique durable, pour créer des emplois, transmettre les connaissances et améliorer la compétitivité des systèmes industriels des deux pays, a-t-il dit à l’ouverture du Forum d’investissement et de commerce égypto-marocain, marqué par la participation de responsables, d’acteurs économiques et d’hommes d’affaires des deux pays. Mohamed Tazi a plaidé à cet égard pour une approche concrète basée sur la construction d’un avenir commun, la confiance, la complémentarité et la planification à long terme, estimant que le Maroc et l’Égypte, grâce à leur position géographique et à leurs infrastructures modernes, et animés d’une vision réformiste de leurs dirigeants respectifs, disposent de tous les atouts pour s’imposer en pôles économiques complémentaires dans des secteurs comme l’agroalimentaire, l’industrie pharmaceutique, les énergies renouvelables, les transports et la logistique, ou encore dans le secteur financier. Dans son intervention lors de ce forum, organisé sous le thème «Un partenariat économique large», M. Tazi a souligné que plus qu’un partenaire, l’Égypte constitue aussi pour le Royaume une plateforme stratégique pour s’ouvrir sur les marchés du Moyen-Orient et de l’Afrique de l’Est, au moment où le Maroc représente une porte d’entrée naturelle vers l’Afrique de l’Ouest et l’Europe.