Conscient que la sérénité sociale est un impératif devant accompagner l’acte d’investir, le Souverain a lancé un appel « pour un nouveau contrat social, qui soit le fruit de concertations et d’accords entre le gouvernement et les partenaires sociaux ». Il y va du développement économique et de l’attrait des investissements nationaux et étrangers. Et pour cause.
L’histoire industrielle marocaine est riche en enseignements dans ce sens. Qui se rappelle encore la société marocaine de production de pneumatique (General Tire) ou encore le fleuron industriel des années 1980, la société Bata ? En liquidation judiciaire, ces deux entreprises sont actuellement en vente pour reprise d’activité. Ainsi, l’ensemble du personnel des deux entités (respectivement 650 et 750 employés) a assisté, impuissant, à la mort de ce qui a fait la fierté industrielle du Maroc, des décennies durant.
Sous le poids écrasant d’une conjoncture mondiale morose et d’une concurrence accrue, un autre facteur a, cependant, facilité – voire même contribué activement- à l’achèvement rapide de l’activité de ces deux entités : l’immaturité syndicale des partenaires sociaux de l’époque.
En effet, si la flexibilité, la réduction du temps de travail, voire la cessation d’activité sont des cycles de vie qu’une société est amenée à emprunter, la vieille garde syndicale de l’époque n’y croyait assurément pas. Les premiers perdants sont les employés qui, à défaut de partir avec un chèque d’indemnité, étaient otages d’une lutte idiote plutôt qu’idéologique. Alors que d’autres société, l’Oréal et actuellement Maphar (suite à la fusion de Sanofi-Aventis), ont préféré indemniser généreusement les employés dont ils devaient se défaire, avec l’aide précieuse des partenaires sociaux ! Ainsi, en 1994, la lutte syndicale et la précieuse aide d’un opérateur concurrent ont fini par donner le coût de grâce à Bata Maroc. La société était alors en pleine restructuration. L’UGTM, syndicat majoritaire, a pris à partie les plans de la direction qui n’avait d’autre solution, alors, que d’enrôler la CDT pour la contrer. La démarche fut infructueuse.
Aujourd’hui, elle fait partie de l’histoire. Dans l’autre cas, celui de General Tire, les représentants syndicaux se mordent actuellement les doits. La manipulation de l’actionnaire de référence, l’Allemand Continental, les a poussés à opposer leur veto à toute solution assurant le redémarrage effectif de l’entreprise pneumatique. La stratégie de l’Allemand était pourtant claire : arrêter la fabrication locale, quitte à pousser à la faillite General Tire, et se positionner sur le marché de l’importé. La logique revendicatrice et aveugle des partenaires sociaux a sûrement rendu la tache plus aisée à l’importateur. « Aujourd’hui, les représentants syndicaux viennent verser leurs larmes de crocodile alors qu’à l’époque, ils n’ont pas cru en mes explications », se rappelle un haut cadre de la société à qui l’on aurait même proposé des pots de vin pour faciliter la mise en faillite de la société ! Donc, si les lois du capitalisme sont sauvages, la revendication sociale non éclairée lui rend, assurément, la tâche plus facile. D’où l’importance d’une mise à jour d’une action sociale aussi légitime que garante des droits fondamentaux.









