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L’USFP se saborde-t-il?

Les observateurs avertis s’y attendaient. Mais ils n’imaginaient pas l’ampleur des dégâts en l’espace de quelques années de gestion de la vie publique marocaine.
Arrivée à la tête du gouvernement suite à l’accord historique de feu S.M. Hassan II avec Abderrahmane Youssoufi, l’USFP était armée d’une véritable culture d’opposition. Forte d’un vivier inestimable de cadres politiques, d’intellectuels aguerris, d’une force de frappe syndicale et d’une présence remarquable dans le tissu associatif et corporatiste, la force de sa jeunesse, quoique un peu perdue à partir des années quatre-vingt, la prédisposait à un avenir radieux. Même si, au fond, le grand rassemblement, qui jouissait d’une grande popularité due à des actions en faveur de la justice sociale et d’une certaine politique de partage des richesses, représentait tous les aspects d’un mouvement flottant. Les nuances et les tendances, dès la scission de 1972 avec l’UNFP, étaient perceptibles et se faisaient entendre, en dépit des précautions destinées à faire laver le linge sale à l’intérieur de la maison. Le manque de clarification idéologique a permis la cohabitation de sensibilités politiques parfois antinomiques. La sagesse des uns côtoyait et se mêlait à la fougue des autres. Un certain reflet de la société marocaine, dans sa diversité et sa richesse.
Il faudra dire que c’est ce pluralisme constitutif, quoique n’obéissant qu’à des droits d’expression interne pour les courants minoritaires, qui a fait la force et la popularité du parti, qui a mérité sa dénomination d’être celui des forces populaires. Tout le monde y trouvait son compte. Tous modes de pensées confondus. Ou presque.
Des slogans mobilisateurs et des revendications maximalistes, avec une capacité extraordinaire de réagir au coup par coup, lui ont valu un capital confiance énorme. Tout particulièrement dans les couches moyennes et défavorisées. La création de la CDT, l’alliance avec l’Istiqlal et l’avènement de la Koutla démocratique allaient faire de l’USFP un élément incontournable pour toute composition politique.
Une fois aux rênes de l’Exécutif, les défis internes et la nécessité de tenir les promesses exagérées du passé, surtout avec les franges les plus revendicatives (fonction publique, monde ouvrier, etc.), l’ont mise à l’épreuve. Un grand déficit à combler, en l’absence d’une véritable culture de gestion publique. Un hiatus indélébile entre les convictions du passé et les impératifs de l’heure, liés aux moyens pour honorer tous ses engagements électoraux et sa déclaration gouvernementale.
Parallèlement, les rivalités personnelles ont malsainement marqué la concentration sur l’apport de solutions satisfaisantes aux grandes attentes populaires. L’appareil est partagé entre la gestion du gouvernement (avec le souci de satisfaire les attentes populaires) et la solution des problèmes organisationnels du parti. Souvent, ce sont les personnes les plus influentes et les plus efficaces qui ont la lourde double tâche. Au détriment de la qualité de leurs interventions et missions. Les illusions semées dans les esprits, par des propositions populistes pour la « cause », ont fait de la majorité des Ittihadis des revendicateurs plutôt que des constructeurs. Le manque de critères objectifs, communiqués et expliqués, pour le partage des postes a apporté son grain à la discorde interne.
C’est cette dualité qui a annihilé les efforts de construction de l’Exécutif. On ne peut taxer le bilan du gouvernement Youssoufi de négatif. Bien des choses ont été réalisées par rapport à l’ancienne gestion des deniers publics. Rien que la réduction drastique de la dette publique du pays (plus du quart en moins de 4 ans) est un motif de fierté. Mais le gouvernement d’alternance pouvait beaucoup plus. Il n’a pas su drainer des sources supplémentaires de plus-values, ni mettre, comme il faut, le Maroc au travail. Dans tous les domaines.
Pourtant, l’enthousiasme populaire est là, présent et bénévole pour participer aux grands chantiers de l’édification du progrès.
La confrontation de la réalité avec les rêves du passé, tant pour les militants que pour la population sympathisante, s’est faite dans la douleur. Et les germes du passé oppositionnel, heureux, sont derrière nous. On ne peut vivre éternellement que sur le bonheur des souvenirs, le quotidien, ses impératifs et son vivre vite, dans un monde de plus en plus individualiste et cruel, ont entraîné un malaise général.
La mort dans l’âme, des pans entiers de militants, sincères mais complètement despatialisés par manque d’adaptation à la nouvelle réalité, font le deuil de l’engagement politique.
La mutation politique n’a pas été bien gérée. A défaut de patience et de perspicacité. Pourtant, une simple implication formelle et un travail d’explication et de communication auraient suffi pour maintenir la mobilisation.
Aujourd’hui, après le départ de Noubir Amaoui et ses amis, les batailles pour les têtes de listes, les parachutages de personnalités nationales dans des fiefs traditionnels et les « exigences » des militants locaux compliquent davantage la situation. Le parti est en pleins tiraillements et les déchirures se multiplient.
La structure partisane est à la croisée des chemins. Il faudra, à défaut d’un homme providentiel pour refaire l’unité, même de façade, des Ittihadis, une concentration plus conséquente pour dénouer la crise.
A moins d’épouser le fameux dicton «après moi, le déluge», c’est une nécessité pour cette formation politique au passé honorable. Pour le pays aussi. Car, il faudra le dire honnêtement» le pays a besoin d’un USFP fort dans la conjoncture actuelle. C’est un rempart essentiel contre tous les imprévus et les dérapages malveillants. Une des parades contre le passéisme.
Alors, vivement le redressement.

• Mohamed Khalil

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