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Mohamed Bahi : «L’Algérie et le Polisario veulent faire de 2009 une année blanche»

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ALM : Quelle lecture faites-vous du départ du médiateur onusien dans l’affaire du Sahara, Peter van Walsum ?
Mohamed Ahmed Bahi : Peter van Walsum n’est pas le seul à partir, bien d’autres médiateurs l’avaient précédé. Je cite, entre autres, des diplomates du Pérou, du Pakistan, de la Suède, des Etats-Unis … Les départs successifs de tous ces médiateurs montrent, à qui veut bien voir, que l’autre partie au conflit a toujours cherché à leur rendre la tâche difficile. Les médiateurs précédents avaient, d’ailleurs, fait des témoignages contre la partie hostile, en l’occurrence l’Algérie et le Polisario, en dénonçant les entraves que ces derniers avaient mis au règlement du conflit. Il faut ajouter que les anciens secrétaires généraux des Nations unies, dont Perez De Cuellar, Boutros Ghali et Kofi Annan, avaient montré d’un doigt accusateur le rôle de l’Algérie dans le blocage du processus de règlement. Actuellement, après le départ de Peter van Walsum, nous attendons que le secrétariat général des Nations unies prenne un engagement ferme et crucial pour imposer une solution qui préserve les intérêts de toutes les parties au conflit, assure la stabilité dans la région et respecte la légalité internationale. L’Algérie a exploité les Nations unies, et le Conseil de sécurité, pour arracher une résolution interdisant d’imposer une solution aux parties au conflit. Nous réclamons pour notre part aux Nations unies d’imposer une solution pacifique à ce conflit.  Maintenant, surgit la question sur l’action que le Maroc doit entreprendre en réponse aux derniers développements. A mon avis, le Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes doit adopter une décision claire et franche pour convaincre les Sahraouis séquestrés dans les camps de Tindouf de bouger et accepter le principe de l’autonomie, en dépit de l’opposition de la bande à Mohamed Lamine Ould Bouhali, ministre de la Défense du front Polisario.

Croyez-vous que le départ de Peter van Walsum est dû à la pression exercée par l’Algérie sur le SG de l’ONU, Ban Ki-moon ?
L’actuel secrétaire général de l’ONU a été victime des manœuvres algériennes d’une part, et de sa franchise, voire de sa naïveté, d’autre part. Maintenant, Ban Ki-moon aura fort à faire pour trouver un nouveau médiateur qui soit accepté par toutes les parties au conflit et par le Conseil de sécurité. La recherche de ce nouveau médiateur sera d’autant plus difficile que ce dernier devrait avoir la capacité à surmonter les erreurs commises par ses prédécesseurs. Et cela demandera beaucoup de temps, ce qui signifie que nous allons passer l’année 2009 à chercher un nouveau médiateur dans l’affaire du Sahara. 2009 sera sans doute une année blanche pour les négociations.

A qui profitera concrètement cette situation ?
Il va sans dire que le maintien du statu quo profite au front Polisario. Ce dernier cherchera à réaliser ses objectifs dans la zone marocaine démilitarisée de Tifariti, ou plus encore à Bir Lahlou et Mijik, dans la tentative de changer la donne dans cette zone tampon. Pendant ce temps-là, le Polisario essayera de régler les divergences  qui se sont déclenchées au sein de son secrétariat national. Pour les populations sahraouies séquestrées, le front Polisario tentera d’obtenir leur capitulation d’autant plus que les Nations unies sont incapables de faire bouger le dossier.

Qu’en est-il de l’Algérie ?
L’Algérie est le grand gagnant parce que le Maroc n’est pas dans une situation confortable. L’Algérie se prépare à tenir des élections présidentielles qui ont remis sur le devant de la scène Ahmed Ouyahya, l’actuel Premier ministre. Ce dernier est connu pour être l’homme de l’appareil militaire qui s’est évertué, pendant ces dernières années, à contrecarrer le droit du Maroc. Et c’est ce que M. Ouyahya s’emploiera à faire.  

Que doit faire le Maroc en contrepartie?
 Il faut que les partis politiques marocains, le Parlement, députés et conseillers confondus, bougent et adoptent une position nationale unifiée et cruciale dans cette affaire parce qu’il n’est pas normal que l’on ait passé 33 ans à chercher une solution à un faux conflit et que l’on pénètre aujourd’hui dans un nouveau tunnel qui peut nous valoir trois autres décennies de retard. La position que les partis politiques sont appelés à prendre doit être pareille à celle qui a été à l’origine de la Marche Verte.