ALM : Instaurer une démocratie au Maroc, passe-t- il forcément par l’effacement du rôle de l’Etat ?
Hassan Chami : Je ne crois pas. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une redéfinition du rôle de l’Etat. Dans sa conception ancienne, L’Etat se devait de prendre effectivement en charge tous les aspects relatifs à la gestion de la chose publique. Maintenant, et étant donné les changements survenus à sa définition même, il se recentre sur les enjeux essentiels du pays. En d’autres termes, l’Etat s’occupe désormais de la sécurité, la définition des perspectives d’avenir et la création des conditions à même de garantir la réalisation de ces perspectives. Pour résumer, le rôle de l’Etat est plutôt de faire faire que de faire. Le tout avec une approche participative à laquelle tous les acteurs, politique, économiques et sociaux sont amenés à contribuer.
L’Etat n’est donc plus le seul à avoir le dernier mot ?
Nous sommes dans une époque où l’on tend à sortir d’un cadre national dont l’envergure, et quelle qu’en soit l’étendue, reste limitée, pour embrasser un cadre international, universel. Sur le plan économique, force est de constater l’absence de plus en plus remarquable de frontières, physiques comme douanières. Nos produits sont concurrencés par tout ce qui vient de l’extérieur. A partir du moment où l’on accepte la mondialisation, où l’on adhère à ses principes, on se retrouve dans l’obligation d’accepter également ses conditions.
Ces conditions consistent surtout à se mettre au diapason de ce qui est de rigueur sous d’autres cieux. Développement économique et démocratie étant intimement liés, l’on ne peut se targuer d’avoir la volonté politique de faire avancer les choses sur un plan précis, économique et social dans ce cas de figure, sans instaurer le système démocratique et libéral qui lui est nécessaire. L’un ne va pas sans l’autre.
Au risque peut-être d’assister à l’effritement des valeurs nationales, de notre identité et de subir les excès que cela peut engendrer ?
Pas du tout, il faut tout d’abord considérer que les citoyens, et les membres de la société civile sont des gens responsables. La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.
Il faut convenir qu’au début, et étant peu familiers à certaines valeurs, l’on a généralement peur de sortir d’un système organisé pour aller vers plus de liberté. Mais l’expérience prouve que quand un système de liberté s’installe, de nouvelle règles et les frontières à ne pas dépasser s’installent en même temps.
Avec cependant un avantage, c’est que la démocratie est un système évolutif dans la mesure où il permet une adaptation en permanence aux nouveaux besoins, aux nouvelles tendances tout en restant régi par les même principes. Et puis, l’on sait bien que les carcans finissent fatalement par exploser.









